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Pire que le virus

Pire que le virus



Dans les années 70, 80, l’État haïtien, avec moins de moyens de communication et plus de contrôle du territoire, avait adopté et mené une stratégie pour contenir la tuberculose, maladie, dans une moindre mesure, aussi envahissante que le Coronavirus. En plus, la tuberculose était présentée, d’après les préjugés populaires, comme une maladie honteuse. Les plus vieux se rappelleront tous ces mouroirs, lieux de confinement appelés sanatoriums. Ils faisaient partie d’un dispositif de santé publique et même à contrecœur, les gens pouvaient miser sur un lieu d’accueil dédié à la prise en charge de personnes atteintes d’infections pulmonaires contagieuses.

Il y avait aussi le Service national d’éradication de la malaria (SNEM) qui, à force de fumigation, de campagne de dépistage et de coup d’épée dans l’eau, arrivait à rassurer, à prouver à la population qu’elle n’était pas totalement abandonnée à son sort.

Nous avons aussi fait l’expérience de la gestion de l’épidémie du choléra avec l’assistance mesquine des Nations unies et des brancards de fortune pour descendre les contaminés, la plupart du temps mourants, des sommets de nos montagnes vers les postes avancés artisanaux. En plus de la gestion de toutes ces maladies inconnues dans les pays organisés telles la typhoïde, la malnutrition chronique et l’irresponsabilité meurtrière.

Qu’avons-nous appris de toutes ces expériences occasionnées par la grande pauvreté, par la faiblesse des nos institutions, par l’absence de politiques publiques et tant de fois par la malchance ? Comment rassurer et guider un peuple terrifié à l’approche de la menace ?

Les nouvelles qui nous parviennent, ces temps, sont absolument terribles. Les mystères autour du plan de contingence, somme toute approximatif, du ministère haïtien de la Santé publique, répandent et renforcent la peur au milieu de la population. Bien entendu, les railleries et les inquiétudes exprimées sur les réseaux sociaux nourrissent encore plus l’angoisse. La seule consolation est d’imaginer que les Haïtiens de l’arrière-pays ne sont pas encore connectés et ne peuvent pas déchiffrer les tournures d’esprit des militants 2.0 et les émoticônes.

Les récents grands maux de la République dont les écoles fermées, les routes bloquées et les zones passées sous le contrôle intégral des gangs criminels armés avaient déjà contraint la population au confinement. Les interactions sociales se sont trouvées dégradées entre les membres de la population. La peur de sortir, de traverser le territoire du voisin et de supporter la présence de l’inconnu. Aujourd’hui, une personne atteinte d’une quinte de toux en public peut provoquer la panique. Nous nous dirigeons vers une véritable psychose collective.

En réalité, le pays est plus apte à faire face à une épidémie du Coronavirus qu’à une épidémie de la peur. Ils sont peu les Haïtiens à disposer de moyens pour préparer une réclusion totale à la maison. Quelques chanceux prendront d’assaut les rayons des supermarchés, achèteront tous les masques et même les flacons de chloroquine (déconseillé par le ministère de la Santé) disponibles dans les pharmacies.

La population est convaincue que les structures sociales et étatiques du pays ne vont pouvoir rien faire contre une éventuelle épidémie ou vont rapidement perdre le contrôle de la situation. Ce n’est pas totalement faux dans un pays où nous ne savons pas encore comment contrer les menaces d’origine humaine comme l’insécurité, la faim et la corruption. Le Coronavirus est invisible, contagieux, d’origine naturelle, et ne se soucie guère des frontières. Comme il peut toucher tout le monde, n’importe où, la peur est en train de gagner du terrain tout en masquant la raison et les annonces des responsables.

Nous maitrisons l’art de la stigmatisation, de la peur de l’autre en Haïti. Les victimes de la tuberculose, du Sida et du choléra peuvent témoigner des cas de mépris et de rejet auxquels elles ont été exposées.

On ne peut être que terrifié en imaginant que la peur couve dans la population. Une épidémie avant une autre.

Jean-Euphèle Milcé




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