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Haïti joue avec un monstre

Haïti joue avec un monstre



En attendant de connaitre les dessous de la pandémie du coronavirus, les gouvernements du monde poursuivent le décompte des décès. Ici et là, cette maladie apporte des peurs et emporte des vies. En pleine globalisation, les économies vont devoir se réajuster pour épouser des contours que les isolationnistes de l’extrême droite avaient du mal à faire accepter, jusque-là. Entre-temps, le défi de garder leurs populations en santé est l’exercice auquel grands et petits pays se mesurent, non sans peine.

Il n’est pas de crise à ne pas provoquer de repositionnement politique. Qu’il s’agisse de l’administration fédérale des États-Unis dirigée par Donald Trump, des leaders d’États fédérés ou encore des dirigeants de pays d’Europe ; tous constatent déjà de nouvelles courbes dans leur cote de confiance. Les flots de mesures administratives et sanitaires et les vagues de polémique qu’elles suscitent sont une preuve que, nulle part, les jeux politiciens n’ont cessé pendant le confinement. Certains en sortiront renforcés. D’autres subiront les conséquences de leur inefficacité.

En Haïti, le président Jovenel Moise et son gouvernement fraichement installé sautent sur l’occasion de passer sous silence leur légitimité fébrile. Promettant du cash et de la nourriture, le chef de l’État doit avoir poussé un soupir de soulagement en voyant arriver la fin temporaire des contestations qui appelaient à sa démission. Toutefois, avec un système de santé moribond et un cadre de vie globalement malsain, le pays a toutes les raisons de redouter une catastrophe majeure, vu la transmission exponentielle qui caractérise la maladie.

Comment le président peut-il convaincre de son leadership bienveillant face à une pandémie ? Les difficultés à faire observer les principes d’hygiène et respecter l’idée du confinement sont une illustration de la nature criminelle des vagabondages qui, au cours de dernières décennies, ont abouti à l’anéantissement de l’État. La distance entre les autorités et la population s’avère si évidente que beaucoup d’Haïtiens boudent avec colère la consigne de distanciation sociale qui est censée les protéger du Covid-19. Rester en confinement sans nourriture, sans eau potable et sans électricité, dans des maisons qui, pour la plupart, peinent à contenir leurs occupants, constitue un plus grand péril que le virus même.

Dépourvu des mécanismes institutionnels qui pourraient garantir une protection minimale à la population, l’État haïtien n’arrive pas à lancer une mobilisation efficace contre le coronavirus. Les mises en place en vue de la création d’un véritable filet de protection sociale ont sans cesse été galvaudées au profit de slogans partisans et de programmes sans retombée réelle. L’absence de stratégie en matière de lutte contre la pauvreté empêche toute action proactive qui puisse limiter les impacts de la pandémie sur les plans micro-et macro-économiques.

S’il est déjà clair que le coronavirus favorisera une nouvelle schématisation de l’économie mondiale, un tournant dans les phénomènes migratoires et une autre pédagogie des notions de distance, rien ne peut prédire la courbe qu’aura prise la maladie en Haïti. Désarmé face à un monstre qui défie même les géants du monde, le pays transpire de peur. Hélas, il n’est pas certain que les élites soient sur le point d’apprendre des leçons qu’elles ont banalisées après le séisme de 2010. Gardons les doigts croisés.

Kendi Zidor




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