S'identifier Contact Avis
 
27° C
  à Port-au-Prince
Radio Pacific 101.5 fm - En direct
Le Journal Dernière heure Actualité Édito Tribune Société Économie Culture Diaspora Sport rpacific101.5 FM  
× Immobilier Appartements Maisons Locaux commercial Locaux pour Bureau Terrains Véhicules Voitures Camions Tout Terrains Minibus Motos Divers Animaux Articles ménagers Ordinateurs et pièces Équipement électronique Équipement industriel Équipement lourd Diverses études Légal Bijoux et montres Smartphone et tablettes Vêtements Jeux video

La pédagogie de la violence

La pédagogie de la violence



Le ministre de la Justice Lucmane Delille a, récemment, dans une de ses déclarations tonitruantes données 72 heures aux habitants de Village de Dieu pour se déplacer avant une grande offensive armée en vue de déloger les gangs qui sévissent au portail sud de la ville.

Le ministre Delille est connu pour son volontarisme verbal. On ne peut lui reprocher aucune timidité par rapport aux bandes armées qui veulent imposer leurs lois sur l’ensemble du territoire. Si certains voient en sa posture militante un certain don quichotisme, il est un fait certain qu’on le remarque souvent dans nos rues en compagnie du chef de la Police en « exorcistes » officiels des démons qui nous tourmentent jour et nuit. Et le fait qu’il semble prendre au sérieux la menace nous change de certains de ses prédécesseurs qui tout bonnement ont feint de l’ignorer.

L’actuel garde des Sceaux a-t-il les moyens de sa politique ? il n’est que d’attendre les résultats. Quoi qu’il en soit, il ne manque pas de bagout, et son air de tigre prêt à sauter sur sa proie à chacune de ses apparitions laisse planer à son égard un doute positif. D’autant que les limiers de la Police, en dépit des difficultés internes, de l’Institution parviennent de temps en temps à de petites victoires sur les gangs qui sont parfois encourageants.

Le ministre Delile en donnant son ultimatum a voulu créer un effet psychologique chez les bandes de desperados du village de Dieu. Il travaille ainsi les nerfs de ces hors-la-loi en les enlevant le sommeil et en les obligeant à rester jour et nuit l’arme au pied. Il s’agit de les emmener à un état d’épuisement qui rendrait plus aisée une offensive éventuelle.

Les bandits qui au début se faisaient filmer en toute détente ont voulu, dans un premier temps, montrer qu’ils ne perdaient pas la guerre des nerfs. Cependant devant l’exode inexorable d’une population aux abois, ils ont repris leur jeu de massacre contre les civils en fuite. Ils n’entendent donc pas perdre le bouclier humain que constitue la population.

Fatigués d’attendre une attaque qui ne venait pas, ils sont sortis de leur trou semant la panique au Portail Léogane. Ils veulent donc en découdre et montrer leur puissance de feu, mais la situation d’attente est éprouvante pour les nerfs de ces hommes que les autorités policières tentent d’emmurer dans une situation de siège quasi-militaire.

Il reste cependant le sort de la population pris entre le marteau et l’enclume des forces en présence et qui ne laissent pas indifférents les organismes de droits humains. La nouvelle suscite des inquiétudes jusqu’au Congrès américain.

Par ces temps ou un drôle de virus se ballade, les habitants craignent d’aller « s’empiler » chez des parents ou amis mettent encore plus à mal, la distance sociale recommandée par les autorités.

On attend donc ce qui va se passer. Le ministre ne peut perdre sa crédibilité, tandis que la Police ne peut nullement se permettre de mal préparer son offensive. Tout nouvel échec ne ferait que renforcer ses hommes surarmés par un système sociopolitique délinquant.

Un peu plus haut, sur les montagnes environnantes des « bases » se livrent au nez et à la barbe de nos institutions à une guerre meurtrière de territoires. Depuis des semaines, le claquement des fusils et le roulement lourd de la mitraille ont remplacé les tambours rustiques de nos rituels vaudou.

L’insécurité et la violence éruptive de nos rues voraces sont un défi pour la société haïtienne tout entière et nos gouvernants qui ont du mal à trouver le « Nord » dans cette tempête de feu et de sang.

Roody Edmé




Articles connexes


Afficher plus [1045]