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« Les jardins naissent »

« Les jardins naissent »



Ailleurs, les points de la croissance, durement accumulés pendant quelques années à grand renfort d’austérité, ont fondu en l’espace de six à huit semaines de gestion du Covid-19. Ici, nous révisons les outils de communication et de positionnement. Entre la faim et le Covid-19, personne ne sait lequel d’entre eux fera le plus de dégâts dans les jours et les semaines à venir.

Il est vrai que partout dans le monde, les populations et peut-être leurs gouvernants (comme il est compliqué de savoir ce qu’ils pensent exactement) accusent la mondialisation d’être responsable des effets inouïs de la crise du coronavirus. Et tout le monde est prêt, dans ce contexte, à jurer d’en tirer les bonnes leçons. De se ré-oxygéner au moment d’aborder le post Covid-19. Rompre avec la permanence de la tragédie.

En début de semaine, une brochette de personnalités du monde des arts et de la science ont, dans une tribune publiée dans le Monde, lancé un appel aux citoyens et aux dirigeants pour « changer en profondeur nos modes de vie, de consommation et nos économies ».

Parmi ces personnalités se côtoient le prix Nobel Aaron Ciechanover, l’acteur de légende Robert de Niro, l’actrice Juliette Binoche et la chanteuse Barbra Streisand. Elles ont conclu, dans un discours fort et complètement assumé, que : « le consumérisme nous a conduits à nier la vie en elle-même : celle des végétaux, celle des animaux et celle d’un grand nombre d’humains. […]. Pour ces raisons, jointes aux inégalités sociales toujours croissantes, il nous semble inenvisageable de revenir à la normale »

En Haïti, justement, notre génération et celles qui ont précédé la nôtre ont, à plusieurs moments de l’histoire, trouvé « inenvisageable de revenir à la normale ». Les points et les raisons de rupture jalonnent notre parcours de peuple. Un cimetière de bonnes résolutions. Comme pour enjoliver la chose, nous surfons sur les crises et les catastrophes. Autant d’occasions pour rêver de ruptures. Il est vrai que nous avons raté tellement d’après crises, post-86, et post-séisme y compris. À côté, l’après-1804 est de l’ordre de l’anecdote.

Les promesses de rupture n’ont jamais tenu et pour cause nous ne savons pas encore quel rapport nous allons entretenir avec nous-mêmes et avec le monde pour l’après Covid-19.

Il reste le fait que cette pandémie nous a permis, en Haïti, de découvrir la fragilité de la mondialisation. À la première alerte sérieuse, les frontières se ferment et même les biens de consommation, de premières et strictes nécessités, deviennent inaccessibles. Après le Covid-19, la faim et les troubles sociaux, prédisent experts ou assimilés, dont la directrice de l’Organisation panaméricaine de la Santé.

Dans l’attente de la prise de conscience assez forte pour générer une déclaration d’intention, des Haïtiens, qui ont peur de mourir de faim, dans les jours et les temps à venir, ont décidé de produire, chez eux en ville, des légumes, des fruits et des rêves. Un bac sur le toit, un parterre dans le parking, 200 mètres carrés de béton en moins peuvent proposer une alternative de remplacement aux cuisses de poulet qui nous viennent de si loin. Qui, tant de fois, voyagent mal.

Le Covid-19 est une leçon capitale pour les consommateurs passifs et heureux. La mondialisation est déstructurée, autant, en Haïti, faire un pas vers l’apprentissage obligatoire de l’autonomie. En commençant pas inventer et entretenir nos salvatrices unités de production.

Jean-Euphèle Milcé




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