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Entre décret et déraison

Entre décret et déraison



La Covid-19 prend une courbe épidémiologique dangereuse en Haïti avec l'augmentation de façon exponentielle du nombre de cas des personnes infectées. À date, le pays a dépassé la barre des mille cas et quelque 32 morts. Cette montée spectaculaire de la maladie a poussé les autorités sanitaires à franchir la phase 3 dans la gestion de la pandémie. Cette phase voudrait dire que le virus s'est propagé partout dans les grandes agglomérations du pays et que les autorités ont perdu le fil de son évolution. En guise de réponse, le Gouvernement, à travers un décret pris en Conseil des ministres et fixant les règles générales de protection de la population face à la Covid-19, a décidé d'établir un régime de sanctions contre tout contrevenant aux mesures de protection sanitaires édictées par les autorités.

En dépit de la propagation accélérée du virus, beaucoup d'Haïtiens semblent n'être pas encore convaincus de la nécessité d'appliquer les mesures de protection sanitaires. Et le Gouvernement, loin de trouver la bonne formule, croit pouvoir résoudre le problème à coup de communiqués, d'arrêtés et de décrets. Cette incrédulité dont font montre certaines personnes n'est autre que le corollaire de la crise de confiance des autorités au regard de la population qui est, trop souvent, bluffée, par ces dernières. Pour y remédier, le pouvoir en place a grand intérêt à redorer son blason, pour le moins, terni aux yeux de plus d'un.

Plus de deux mois déjà depuis la découverte des premiers cas, au lieu de prendre les bonnes mesures au bon moment, le Gouvernement s'est un peu fourvoyé avec un train de mesures approximatives alors que le virus nous a donné suffisamment de temps pour bien préparer la réponse avec un plan bien réfléchi. Le Gouvernement, au lieu d’anticiper, a préféré se comporter en pompier. Les frontières, ports et aéroports n'ont pas été fermés au bon moment. Aucune mesure n'a pas été prise pour gérer nos compatriotes en provenance de la République voisine où le Coronavirus battait son plein bien avant la découverte des premiers cas chez nous.

Le 19 mars, date à laquelle les deux premiers cas ont été officiellement annoncés, le président de la République avait décidé de fermer pratiquement le pays. Alors que, de nos jours, le virus semble prendre sa vitesse de croisière, on a l'impression que la vie a repris son cours avec notamment la réouverture des industries textiles embauchant près de 60 mille personnes. Pourquoi ne pas refermer les factories à ce moment précis où le virus tend vers son pic, et deux ouvriers d'un parc industriel ont été testés positifs?

Apparemment, l'État semble nous cacher son vrai plan, tant les mesures nous paraissent irréfléchies. À la phase 3 de la pandémie, en plus des mesures préventives qui doivent être renforcées, l'État doit s'assurer de la prise en charge des malades. Et c'est à cette phase que le bât blesse lorsqu'on sait l'état du système sanitaire haïtien. Le pays ne dispose pas assez d'hôpitaux pour la prise en charge de toutes les personnes qui seront malades de la Covid-19 et en même temps de continuer à soigner les autres malades « réguliers ». La tâche est ardue.

À cette étape, le pays devrait normalement rentrer dans le confinement pour essayer de contenir la propagation du virus. Malheureusement tel ne pourrait pas être le cas avec une population qui vit au quotidien et un État édenté qui, en quasiment 3 mois, ne parvient pas honorer ses promesses de 3 mille gourdes à 1.5 million de familles des plus nécessiteuses. Conscient de l'impossibilité du confinement en Haïti, le Gouvernement menace de recourir à la force pour faire respecter ses consignes à travers notamment le décret du 21 mai portant sur les mesures de protection sanitaire.

En dépit du côté, à priori, bienveillant de ce décret, en voulant protéger la santé des personnes, on y décèle certaines failles assimilables même à la déraison. En effet, l'article 6 du décret en question stipule que tout rassemblement, réunion ou activité mettant en présence de manière simultanée plus de cinq (5) personnes, en milieu clos ou ouvert, est interdit sur le territoire de la République, sous peine de trois mille (3,000.00) Gourdes d'amende, de cinq (5) jours d'emprisonnement ou de quinze jours de travail d'intérêt général à déterminer par le Conseil municipal. En réaction à cet article nombreux sont les hommes de loi qui sont montés au créneau pour dénoncer ce décret. Certains y voient même un problème de sécurité juridique pour une catégorie de citoyens.

Noclès Débréus




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