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Des mères, sans fête, s’endettent et s’entêtent !

Des mères, sans fête, s’endettent et s’entêtent !



Des « flè dè mè », de couleur rouge pour les mamans en vie et violet pour les mères décédées, on ne les retrouve plus sur les vêtements des enfants qui veulent honorer la première femme de leur existence. Les artisans haïtiens ne produisent plus ces œuvres d’art saisonnières. Les marchands ambulants qui prenaient place devant les écoles, les bureaux et les gares routières ne viennent plus nous les offrir.

Dernier dimanche du mois de mai, comme nous l’imposent les traditions en Haïti et dans plusieurs autres pays dans le monde, depuis plusieurs années, les mamans (génétiques ou par adoption) seront toutes au rendez-vous pour célébrer leur engagement et leur contribution dans le renouvellement des membres de nos sociétés et dans le prolongement de notre humanité.

Dimanche sera la fête des Mères, une fête qui revêt d’une importance particulière dans chaque famille en Haïti. Toutes les émotions vont servir dans la palette de cette célébration de la maternité, certainement révisée à la baisse depuis quelque temps, particulièrement en cette période de propagation de l’épidémie du Coronavirus.

Des mères sans fête, dans un pays où des milliers de jeunes de travaillent pas. Donc, ils ne sont pas en mesure d’offrir des cadeaux à leurs mamans « chéries », pour les enfants les plus reconnaissants des sacrifices de leurs parents.

Des mères sans fête, parce qu’il y a moins d’un jour, d’une semaine, d’un mois, d’une année et peut-être dix ans déjà, depuis que ces enfants grandissent avec leur nouveau statut d’orphelin de mère et parfois des deux.

D’autres mères sans fête, par les choix professionnels de ces milliers de femmes qui sont retenues dans leurs postes de travail, en tant que médecins, infirmières, policières, agents de sécurité, ou même en tant que « Madan Sara », bloquées sur la route, à cause d’un accident ou des barricades installées par des « sans mamans », qui font pleurer d’autres mères innocentes dans beaucoup de cas.

Des mères s’endettent depuis toujours, pour subvenir aux besoins de leurs enfants tout en jouant le double rôle des deux parents. Elles font parfois face à des maladies qui durent des mois et des années, sans jamais se laisser aller au désespoir. C’est avant tout ça le courage d’une mère !

D’autres mères s’endettent pour pouvoir payer certaines fois en vain, les frais de service à nos honorables avocats, dans l’espoir de libérer leurs enfants ou leurs maris qui croupissent sans jugement depuis des mois et des ans, dans les prisons haïtiennes.

Des mères s’endettent également pour pouvoir occuper leurs petits enfants, quand leurs enfants sont au chômage, travaillent pour un salaire misérable, ou sont absents des radars de la famille, ou sont tués dans les rues, en traversant des zones de non-droit, voisines de la nature sauvage de nos sociétés cannibales.

Des mères s’entêtent malgré les mauvais temps et le couvre-feu, malgré les rafales dans les rues, les «Piga » lancés par les chefs de gangs aux autorités et aux paisibles citoyens, le défilement des fantômes dans la ville, et d’autres dangers imprévisibles, pour vendre des produits de toutes sortes ou des services aux marchés ou dans des bureaux.

Dans certains cas, certaines des mères qui s’entêtent régulièrement ; de ces mères courageuses et invisibles, après avoir presque tout hypothéqué vont jusqu'à liquider leur dignité de femme, en se prostituant ouvertement dans les rues, ou en portant des masques de « femmes pieuses », bien avant la mode de Covid19, afin de donner à manger aux enfants et pour s’occuper de la maison.

Des femmes en quête d’une vie meilleure sont parfois contraintes de s’empêtrer parfois avec une nouvelle grosse involontaire, qui ne garantit pas toujours la stabilité familiale. Certaines vont jusqu'à perdre la vie pour ne plus jamais faire la fête le dernier dimanche du mois de mai.

Devant l’obligation des hommes et de tous les enfants de payer cette dette morale et natale aux femmes qui choisissent de nous mettre au monde, au risque et péril de leur vie, nous allons continuer de commémorer la fête des Mères ici et ailleurs, tout en nous rappelant ces femmes inconscientes et irresponsables qui s’endettent, s’embêtent et s’entêtent pour mettre au monde des enfants qui seront après jetés dans les rues dans l’espoir du « Bon Dieu Bon » !

Derrière l’importance de célébrer et de commémorer la fête des Mères, il y a une urgence, pour les élites et l’État, d’éduquer, d’encadrer et de responsabiliser les filles d’aujourd’hui, qui deviendront les femmes et les mères de demain, en attendant de faire le bilan des morts du Coronavirus, et le décompte des nourrissons de l’après-confinement ! Bonne fête aux anciennes et nouvelles mères de l’ère Covid-19 !

Dominique Domerçant




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