S'identifier Contact Avis
 
26° C
  à Port-au-Prince
Radio Pacific 101.5 fm - En direct
Le Journal Dernière heure Actualité Édito Tribune Société Économie Culture Diaspora Sport rpacific101.5 FM  
× Immobilier Appartements Maisons Locaux commercial Locaux pour Bureau Terrains Véhicules Voitures Camions Tout Terrains Minibus Motos Divers Animaux Articles ménagers Ordinateurs et pièces Équipement électronique Équipement industriel Équipement lourd Diverses études Légal Bijoux et montres Smartphone et tablettes Vêtements Jeux video

Mamoune et la double peine

Mamoune et la double peine



Toute personne humaine a le droit d’apprendre autant qu’elle peut à défendre ses objectifs de vivre de manière décente, en sécurité et sans la peur du malheur voire de la terreur. Le problème est qu’en parler, étape lointaine avant de l’exiger, devient un exercice de provocation. Il y aura toujours un sage, un gardien du temple, un matador superbe en réussite qui trouvera le ton présomptueux qu’il faut pour dénoncer le fait de rêver. Parce que, dans leurs têtes bien faites, un monde sans exclus, sans pauvreté, sans indignité n’est pas possible. Et, chercher à faire comprendre le contraire relève de la naïveté et de l’irresponsabilité.

Les temps ont vraiment changé. Tous les hurluberlus, rêveurs, militants de gauche qui désiraient l’avènement d’un moment historique fait d’amitié, de solidarité et de justice sont devenus de dangereux terroristes qui menacent les emplois, le progrès et la stabilité. Il y a cette construction simplificatrice qui veut que la dénonciation, surtout quand elle est portée par la conviction, soit un grain de sable malveillant dans la mouvance du monde. Kite peyi m mache !

Les colères actuelles sont générées trop souvent par le besoin de ne pas rater le « challenge » en prenant roue libre sur les faits qui paient bien en « like » et en notoriété. Autant qu’il est vrai qu’il n’est pas inutile d’adhérer aux valeurs universelles de la société civile mondiale, autant qu’il est effrayant de le faire au mépris du droit à la vie et à la dignité de nos voisins. En quoi est-il plus humain de soutenir le pays et la famille d’un enfant mort dans un accident d’autocar au Canada que de s’indigner, tout en le faisant savoir, de la mort d’une « fille des rues » de 14 ans par un imbécile armé ?

Mamoune, il faut la nommer avec force, est assassinée comme son pays l’a voulu. « Fille de rue », donc forcément prostituée, droguée, voleuse à la tire, mendiante et kokorat, elle entravait le développement du tourisme dans la ville. Elle faisait tâche. Elle irritait. Comme si à 14 ans, un enfant vulnérable pouvait décider de sa condition de fille abandonnée et condamnée à assurer sa survie dans la rue. Il peut être insensé de réduire la valeur d’une vie à la nationalité et au statut de la personne. Mamoune n’était pas Noire aux Etats-Unis ni auteure d’une œuvre remarquable ni professionnelle accomplie. Elle n’était que la victime d’une société guidée par des logiques mesquines et franchement inhumaines.

Pourtant, les « gens de bien » et les responsables politiques s’accrochent à l’illusion d’un État de droit. Avec la mort stupide de Mamoune, il est évident d’admettre que ceux qui ont l’avantage des armes et du pouvoir peuvent sélectionner les Haïtiens qui méritent de jouir de leur droit à la vie. Toto Constant, qui préfère le poisson gros sel aux kokorats, peut en dire long, si on l ‘oblige à répondre aux questions de ses futurs juges.

BIC peut chanter autant qu’il le souhaite sa composition Kokorat. Le peuple des chefs dansera armes à la main. An gwo ponyèt.

Jean-Euphèle Milcé




Articles connexes


Afficher plus [1063]