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Sortir de l’enlisement

Sortir de l’enlisement



Nous sommes à un carrefour où il faudra prendre des décisions claires et nettes pour sortir de l’enlisement dans lequel patine notre pays. Et pour ce faire, il faudra que chaque secteur prenne ses responsabilités dans l’actuelle descente aux enfers. Les menaces n’y feront rien, les admonestations ou les complaintes traditionnelles ne seront qu’exercices de futilités.

Face à un bilan aussi désastreux accumulé au fil des ans, les secteurs organisés de ce pays, le simple citoyen, ceux qui sont dans l’appareil d’État ou qui rêvent d’y être doivent tous marquer une pause pour enfin envisager de construire cette nation haïtienne.
Que de générations perdues, que de femmes et d’hommes de valeur qui ont par le passé rêvé d’un pays ont été sacrifiés sur l’autel de la bêtise meurtrière ! Des fusillades de poètes comme Massillon Coicou à l’assassinat de Jean Dominique, de la capture et l’exécution de Jacques Stephen Alexis à l’exil définitif de René Depestre, le meurtre crapuleux de l’écrivain Wilhems Édouard au détour d’une de rues voraces, la liquidation du journaliste de 23 ans Gasner Raymond en 1976 jusqu’à l’achèvement récent d’une jeune poétesse et de son mari, notre pays traîne difficilement une histoire ensanglantée.

De nos jours, la question foncière draine son cortège de malversations et de dangerosité hautement létale. La propriété privée est devenue un phénomène hasardeux. Personne n’est assuré dans ses biens et/ou sa sécurité. La disparition de l’armée répressive, mais hiérarchisée a laissé un vide vite comblé par un essaim de bandes armées. Le pays est un repoussoir pour les investissements directs de l’étranger et aucune politique novatrice n’est encore opérationnelle pour soutenir la « sacro-sainte » production nationale.

Tous nos chefs en parlent depuis des décennies, mais ils font face à une rare impuissance, une incapacité de l’État trop faible pour soutenir des investissements massifs que nécessitent ces secteurs. Depuis les années 80, le mince filet agro-industriel dont nous disposions a disparu pour laisser la place à une politique de l’importation massive. Les Haïtiens sont réduits à l’état de consommateurs ou de chômeurs structurels. Il existe une situation calamiteuse de familles qui n’ont jamais travaillé depuis deux ou trois générations et qui vivent de toutes sortes d’expédients. Ils sont aussi souvent une bande taillable et corvéable à merci pendant les conjonctures électorales.

Un de nos grands théoriciens, Demesvar Delorme, nous mettait déjà en garde contre cette tendance à laisser à l’abandon la production agricole et industrielle : « Oui, et on ne pourra jamais l’avoir trop dit, c’est par l’exploitation rurale que nous obtiendrons ce relèvement que souhaitent si vivement les bons citoyens ». Et de poursuivre avec la même passion « Les populations des villes qu’appauvrit actuellement et depuis longtemps un commerce qui n’entretient pas la production, vivent dans une situation anormale…les professions, les arts mécaniques qui faisaient vivre, et vivre honorablement, la moitié ou plus des familles ont disparu. Des préjugés inexplicables, ridicules, se sont mis à la place du bon sens, et les moyens d’existence honnête ont peu à peu cédé le terrain, baissé, cessé d’être devant une seule occupation : celle d’acheter et de vendre ».

Si Jean Demesvar Delorme voyait aujourd’hui l’état lamentable de nos villes transformées en marchés à ciel ouvert, il aurait mesuré notre degré d’indifférence de la chose publique. Le paysage urbain accuse les gestionnaires de nos villes qui depuis des décennies n’ont pas su rendre vivables ces espaces. Nous avons une lourde tendance à nous méfier de nos théoriciens, à ne pas les étudier assez dans nos écoles ou centres universitaires, à faire fi d’une pensée haïtienne nationale et patriotique pour nous rabattre sur des slogans creux.

La maison et la grande bibliothèque d’Antênor Firmin ont été détruites lors de nos nombreuses guerres civiles. Pas une place ou une rue ne porte le nom de Demesvar Delorme. Ce sont des oublis fatals qui expliquent que nous tournons en rond. Un pays se construit par la pensée et l’innovation technologique.

Nous avons besoin de discours novateurs, de plans urbains innovants, de révolution économique, de relèvement social, il nous faut assurer nos biens privés et publics. Toute chose qui ne peut s’accomplir sans cette mise en orbite d’un véritable projet national que suivrait une entente cordiale entre secteurs déterminés à changer la donne.

Roody Edmé




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