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Grace, disgrâce et cafouillage

Grace, disgrâce et cafouillage



Depuis plusieurs semaines, la République, dans l’incompréhension la plus totale, assiste à la consolidation d’un pacte des ghettos où tous les poids lourds, leaders par la force des armes, se mettent désormais ensemble pour « protéger, servir et défendre la population ». On aura compris que les gangs qui se livraient autrefois à une guerre aveugle pour le contrôle de territoires dans la zone métropolitaine ont trouvé leur ennemi commun : les élites politiques qu’ils soient du pouvoir et de l’opposition.

Malgré la corne de brume actionnée par des observateurs et surtout les rapporteurs de plusieurs, parmi les plus influentes, organisations de défense des droits humains, la coopération entre gangs est en marche. Maintenant, leurs leaders sont des porteurs de revendications à visière levée. Fin de la lutte à mort entre des bases rivales. La nouvelle configuration place les gangs dans la position d’arbitres de l’après Covid. Et des prochaines élections.

Avec actuellement pignon sur rue et la certitude de pouvoir imposer ses idées et ses conditions (manyen youn se manyen tout), la fédération G9 an fanmi et alliés essaie de concilier discours revendicatif et pragmatisme. Mais l’histoire de notre pays a déjà produit assez de matériaux permettant de comprendre les mouvements de pacification du pays. Armes à la main. Le pays est coutumier de ces faits inouïs. Les luttes contre les privilèges ont bon dos.

Ailleurs, le pays, encore engourdi par les homicides spectaculaires des ces dernières semaines, esquive certains sujets pour concentrer toute son énergie sur ceux qu’il juge croustillants à point. Le grand cafouillage dans la gestion des détenus libérés par grâce présidentielle pour des raisons humanitaires liées à la Covid-19 n’inquiète pas plus que ça. Quoique c’est un peu la bérézina avec la polémique entre le ministère de la Justice et l’Office de protection du citoyen, l’arrêt du processus de libération des graciés sur demande du Premier ministre et la mise à pied provisoire de deux commissaires du gouvernement ayant induit en erreur le ministre de la Justice.

Rétropédalage, promesses d’apprendre à vivre avec la Covid-19, décrets en cascade, fin du mandat des maires, il y a un autre débat qui surplombe tous les autres. Beaucoup de voix s’élèvent, et certaines très fortes, contre la soumission du nouveau Code pénal aux valeurs occidentales et à une forme d’universalisme contraires aux mœurs et coutumes du pays. Les arguments sont tirés de partout. Jusque dans les caniveaux. Ce qui biaise un débat essentiel sur le Code pénal, le processus relatif à son adoption et sa capacité à permettre de rendre justice dans un pays qui en a grand besoin.

L'irrationnel serait que tous les pasteurs, bibles en main, commencent à entrainer leurs fidèles dans des manifestations monstres pour protéger la culture et l’identité nationales contre les méchantes et trop libérales valeurs occidentales. Le slogan « Tuez les femmes et ne les laissez pas avorter » ferait recette.

Nous sommes peut-être à la phase encore supportable d’une vraie guerre entre nous.

Jean-Euphèle Milcé




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