S'identifier Contact Avis
 
26° C
  à Port-au-Prince
Radio Pacific 101.5 fm - En direct
Le Journal Dernière heure Actualité Édito Tribune Société Économie Culture Diaspora Sport rpacific101.5 FM  
× Immobilier Appartements Maisons Locaux commercial Locaux pour Bureau Terrains Véhicules Voitures Camions Tout Terrains Minibus Motos Divers Animaux Articles ménagers Ordinateurs et pièces Équipement électronique Équipement industriel Équipement lourd Diverses études Légal Bijoux et montres Smartphone et tablettes Vêtements Jeux video

Les nouveaux spectateurs

Les nouveaux spectateurs



Plus les jours passent, plus la déliquescence prend de la place et plus on y réfléchit, l’élite haïtienne laisse l’impression qu’elle s’apparente à une énigme. Difficile dans ces conditions, de ne pas revoir les axes, les possibilités d’interprétation des caricatures sociales de Maurice Sixto. Depuis quelque temps, elles ont arrêté de faire rire pour devenir des sources de légitimation d’une grande inquiétude.

Nous traversons douloureusement cette période et nous nous enfonçons dans une époque coupable de proposer à l’opinion publique une image bienveillante des trafiquants de drogue, des bandits de grand chemin, des détrousseurs de peuple et des bouffons obscurantistes. Et cette sympathie est entérinée par le fait qu’ils ont le droit d’occuper la sphère publique et de réclamer le monopole de la conduite des affaires de la nation dans tous ses aspects politiques, économiques et sociaux.

Le plus inquiétant reste le fait absurde que l’élite, avec ses immenses compétences et une connaissance certaine de son rôle, n’agit pas. Du moins, elle se contente de réagir dans ses fuites, dans ses « post » sur les réseaux et dans ses petites stratégies de survie. Tout au plus, quelques réactions de colère vite dissipées.

Quand l’élite n’agit plus, elle liquide son pouvoir de convaincre et cautionne la faillite de l’État qu’il aurait dû défendre. Les mots, utilisés par le prochain président, déjà élu, de la République dominicaine pour parler d’Haïti, en disent long sur l’image que nous renvoyons aux voisins, proches ou lointains. La faillite de l’État est avant tout la faillite de l’élite qui se complaît à assister, sans broncher, à la désagrégation des institutions et à la banalisation de la vie.

Depuis quelque temps, ceux qui ont besoin de se faire écouter, peu importe la raison ou la fantaisie, choisissent de le faire armes à la main et cartouches en bandoulière. Les manifestations de « syndicalistes » et de « leaders du peuple » armés jusqu’aux dents préfigurent d’une ère de chaos total et peut-être irréversible. Pourtant, les Haïtiens vont avoir besoin de se parler, de se rencontrer ne serait-ce qu’autour des élections à défaut d’outils politiques pour construire l’avenir du pays.

Il n’y a pas longtemps nous croyions aux vertus de l’État de droit et avions d’excellentes raisons de le promouvoir et de le défendre. Avec le silence complice de l’élite, bien des luttes ont été abandonnées. Il est évident que personne, même les voyous qui tirent les ficelles, ne souhaite vivre dans un pays plongé dans un marasme économique et incapable de garantir les droits fondamentaux de sa population. Entre la répression policière, les exactions des gangs et la morale hypocrite de l’église, il y a un désir d’effondrement exprimé.

Pour changer de système, humaniser les pratiques et préparer le triomphe des vraies idées, le pays a besoin de son élite. Dans l’action sensée et dans la solidité des principes.

Jean-Euphèle Milcé




Articles connexes


Afficher plus [1079]