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Deux cent vingt-neuf ans de dettes impayées

Deux cent vingt-neuf ans de dettes impayées



Dans tous les pays du monde, ou du moins dans tous les pays qui se respectent et qui disposent des élites responsables et dirigeants reconnaissants envers les sacrifices des Pères de la patrie, les rares visionnaires engagés de cette terre, des endroits comme le site historique, mystique et symbolique de Bois-Caïman, qui seraient déjà retenu dans la liste des endroits qui accueilleraient le plus grand nombre de pèlerins et de visiteurs chaque année en Haïti.

Deux cent vingt-neuf ans déjà, dans la nuit du 13 au 14 août (1791 à 2020), les manuels d’histoire rapportent que s’est tenue l’une des plus grandes réunions dans l’histoire de la terre de Saint-Domingue. Des esclaves marrons révoltés s’étaient réunis autour d’un même chef et des mêmes objectifs pour défendre leurs droits de vivre en hommes et femmes libres. Pourquoi aucun des dirigeants des trente dernières années n’a pas cru important d’aménager des monuments et des équipements culturels et touristiques pour valoriser ce site ? Pourquoi des acteurs de la société civile n’encouragent pas les autorités centrales et les collectivités dans une démarche de valorisation du site de Bois-Caïman ?

Démembré est devenu ce site hautement sacré qui aurait pu servir comme endroit disposant de fortes vibrations pour garder en vie l’âme symbolique du peuple haïtien, la flamme de la dignité, et l’énergie qui s’est manifestée autour d’une intelligence collective, jusqu'à façonner les bases à l’origine du créole, la langue nationale de la majorité des citoyens et des familles qui occupent la terre d’Haïti.

Délabré est le triste qualificatif, le plus approprié, à associer à l’un des premiers et des plus importants temples ancestraux d’Haïti, qui a servi à la réalisation de l’un des rituels les plus interpellateurs, qui aura permis aux artisans de la nation haïtienne, de négocier avec les plus grandes forces cosmiques de la région et de l’univers, pour trouver la force nécessaire et l’essence pour alimenter les flammes de la résistance et de la révolte des esclaves.

Deux cent vingt-neuf ans de dettes impayées envers les sacrifices encourus par l’ensemble des esclaves qui ont choisi de fuir les plantations et les résidences des colons, pour se mobiliser afin de renverser l’ordre déshumanisant établi dans la colonie à l’époque. Pourquoi autant de mépris envers la mémoire de Duty Boukman, de Cécile Fatima, de Jean-Baptiste Vixamar et de tous les autres esclaves anonymes et des forces invisibles qui participaient dans la cérémonie Bois-Caïman, tenue sur l’habitation Lenormand de Mézy, à Morne-Rouge ?

Deux cent vingt-neuf ans de dettes impayées, comme une facture invisible, mais salée, que tôt ou tard, les générations actuelles et futures devraient finir par rembourser, si Haïti, souhaite une fois pour toutes sortir de ce labyrinthe de l’ingratitude sans fin, entre des va-et-vient des candidats à tous les postes électoraux, des officiels, et des dirigeants en fonction qui viennent régulièrement promettre, sans jamais pour autant faire renaître, l’un des plus prestigieux sites historiques, mystiques et symboliques du pays.

Deux cent vingt-neuf ans de dettes mystiques impayées depuis les engagements pris dans la nuit du 13 au 14 août 1791. Il nous faut faire le deuil de tous les combattants esclaves, comme les Africains martyrs et les Amérindiens victimes du génocide au lendemain de l’invasion des Européens. Il nous faut ériger un monument, un mémorial, ou un symbole digne de la mémoire de ces gardiens de la terre des Taïnos. Il nous faut par tous les moyens payer ces dettes séculaires et morales, pour tourner la page une fois pour toutes.

Derrière chaque investiture de l’une des plus hautes fonctions de la République, c’est un engagement qui est pris symboliquement par ces hommes et ces femmes au pouvoir, pour assurer la continuité de l’histoire, pour poursuivre les suivis tant administratifs et comptables, diplomatiques et mystiques deux cent vingt-neuf ans après Boukman et tous ceux et celles qui l'ont suivi. Notre patrimoine national, le site de Bois-Caïman ainsi que le Mausolée du père fondateur de la patrie, dédié à Jean-Jacques Dessalines au Champ de Mars, dans le voisinage du Palais présidentiel méritent mieux, comme présent, de nos dirigeants.

Dominique Domerçant





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