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« Les injures du temps »

« Les injures du temps »



Plus que partout ailleurs dans le pays, les problématiques liées au patrimoine et à sa gestion intelligente sont au cœur de toutes les réflexions qui abordent la ville du Cap-Haitien et son avenir.

À l’orée des trois cent cinquante ans de la fondation de la ville, il semble pour le moins difficile d’expliquer comment l’absurdité, le développement urbain anarchique et l’absence de politiques de redressement d’une situation de pourrissement bien entamé ont anéanti tous les espoirs de conservation et de valorisation d’un patrimoine essentiel pour la République d’Haïti et pour l’humanité. On a rarement vu une attaque aussi bien orchestrée contre la dignité et la mémoire d’un peuple.

Dès sa fondation en 1670, la ville du Cap a endossé les lourdes responsabilités de rampe de lancement du développement de la colonie de Saint-Domingue. Ainsi, elle a pu concentrer, pendant très longtemps, l’essentiel de l’activité économique et politique du territoire. Non sans peine, puisque son importance et la fragilité de l’espace sur lequel elle a été construite et s’est développée sans plan logique au fil des ans, constituent des défis permanents pour sa perpétuation.

Les Espagnols l’ont maintes fois saccagée au 17e et au 18e siècles. En 1802, Christophe fit exécuter sa mise à feu « de fonds en comble » comme stratégie pour combattre l’armée expéditionnaire française qui s’apprêtait à débarquer ses troupes pour rétablir l’esclavage dans la colonie sous les ordres de Leclerc. Et, en 1842, c’est un évènement sismique de grande magnitude qui détruisit presque entièrement la ville.

Après trois cent cinquante ans d’existence, telle est, sommairement présentée, une histoire des épreuves qu’aurait connues la ville du Cap-Haitien. Et, énorme consolation, elle s’en est toujours relevée. Pour ces raisons, il est permis de croire que la capacité du Cap-Haitien, le Phoenix, de renaitre de ses cendres et de se réinventer n’est pas dénuée de fondements solides.

À la lumière de l’évidence, c’est tout un pays en mal de renaissance qui a les regards rivés sur le Nord, sa Citadelle, ses héros et sa population fière de son histoire. L’évènement anniversaire sera certainement invisible dans le noir, noyé sous les montagnes d’immondices et douloureux avec l’inventaire de projets mort-nés et des promesses non tenues.

Toutefois, depuis trois cent cinquante ans, le Cap-Haitien nous enseigne le sens de la grandeur et du courage. Aujourd’hui, le pays entier, jusqu’à son extrême pointe sud, doit continuer à se nourrir de la légende, de la fierté, des vieilles institutions et aussi de la musique authentique du Cap-Haitien.

Le journal Le National, héritier de la vaillance des gens du Nord, est convaincu que la ville du Cap-Haitien saura concilier son riche et irremplaçable patrimoine avec les transformations physiques et sociales que lui imposent l’expansion de son territoire et de sa population.

Christophe, le roi bâtisseur, avait parlé des « injures du temps ». Mais l’histoire nous apprend que le Cap-Haitien cultive la mémoire des grandes défaites et le don de la renaissance. La fin n’est pas pour demain. Au-delà et en dépit de tout, bonne fête Okap cheri !

Jean-Euphèle Milcé




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