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La mort à petit feu

La mort à petit feu



Entre les occasions et les raisons de mourir en Haïti, ces derniers temps, la compétition est féroce. Cinq jours après le drame des vingt morts à cause d’inondations et de crues provoquées par quelques heures de pluie, sans intensité extrême, la vie est revenue en Haïti. En réalité, ce retour à la normale ne peut être que trompeur. Les rues sont de nouveau embouteillées avec les trop nombreux véhicules, les étals des petits commerces, les enfants sur la route de l’école et les gens qui montent et descendent, apparemment sans raison. Plus que l’oubli malfaisant, on enterre les morts et on passe à autre chose. Élections. Constitution. Transition. Reprise essentielle des affaires.

Nous avons constaté la force des colères exprimées, à grands renforts d’images et de vidéos d’amateurs postées, transférées et commentées sur les réseaux sociaux : des quartiers transformés en étangs d’eau et de polystyrènes, des personnes en détresse, des dégâts dans les plantations. Même l’agonie des bêtes a fait le tour de la toile.

La vulnérabilité du pays, tout le monde l’admet et le claironne partout, est d’une dimension stratosphérique. Les voix étouffées, un brin hypocrites, des autorités, brusquement sincères, pour dénoncer les constructions de riches propriétaires dans le lit des ravins et l’insouciance des pauvres qui montent leurs cases de fortunes où ils peuvent, sont simplement inutiles. La tragédie est permanente et les victimes sont négligées.

À dire vrai, les bulletins d’alerte et les bilans d’évaluation des pertes et des dégâts, outils classiques et hautement recommandés, ne suffisent pas. Cet automatisme improductif commence à exaspérer. Il en est de même pour les jérémiades de ceux qui refusent de porter leur part de faillite.

Où commence et où s’arrête le partage des responsabilités ? C’est une question à poser aussi à l’Office de la protection du citoyen qui, ces derniers temps, a prouvé sa volonté et sa capacité de porter des plaidoiries. Le plus inquiétant reste le fait, très insolite, que les Haïtiens ne soient pas à même de comprendre les risques présents dans leur environnement. À l’école, nos enfants auraient dû être outillés pour faire face aux impacts de menaces récurrentes et qui font partie de risques liés à la géographie et à la vulnérabilité de leur territoire. Comprendre qu’il ne faut pas traverser une rivière en crue, interpréter une alerte (même quand les autorités oublient de la lancer à temps) et pouvoir anticiper les dégâts devaient être des modules obligatoires dans la formation de Haïtiens. Le ministère de l’Éducation nationale est, sans conteste, le pilier dans l’éducation à la responsabilité et à la citoyenneté.

Il faut arriver à l’élaboration d’une politique publique endossée par les structures d’enseignement et de formation en Haïti pour permettre à chaque petit Haïtien, à chaque citoyen partageant la fragilité du territoire, de pouvoir s’approprier de ces gestes qui sauvent. Les secours, comme on l’expérimente chaque jour en Haïti, finissent toujours par arriver. Trop tard !

À défaut de pouvoir, dans l’immédiat, repenser l’école haïtienne, autant la rendre utile pour aider à sauver des vies. Celles du nourrisson, du paysan du Sud-Est, de la marchande de Pétion-Ville et de la pédiatre comptent. Il n’est de plus grande douleur que la mort brutale et évitable.

Jean-Euphèle Milcé




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