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Le suicide de l’école haïtienne

Le suicide de l’école haïtienne



On ignore quel eut été l’intérêt de monter, de développer et d’entretenir, pendant tout ce temps, un système éducatif qui se base sur le principe de LA différence de traitements entre les enfants de la République.

Les crises multiformes et à répétition de ces dernières années, avec les conséquences dramatiques qu’on connait sur le projet historique haïtien d’en finir avec les inégalités sociales, ont fini d’achever l’école haïtienne.

Autrefois, au-delà des gros manquements et des défauts de fabrique du système, l’école, deuxième milieu de vie des enfants après la famille, avait cette volonté de corriger, même artificiellement, les inégalités en garantissant la mobilité sociale. Il est vrai que la mission de l’école, confirmée par la Constitution amendée de 1987, est d’assurer une égalité de chance à tous les futurs citoyens du pays et d’utiliser l’apprentissage de la citoyenneté comme le principal instrument de réduction des disparités entre nationaux.

A la lumière des dérapages de ces dernières semaines, il semble que la société doit se préparer à gérer des affrontements récurrents entre des écoliers haïtiens séparés par le statut et la qualité des établissements qu’ils fréquentent. Chez les élèves, à la place des vieux préjugés liés aux concurrences ou compétitions interscolaires, s’est développée une conscience forte de leur appartenance à un milieu socio-économique donné. Et, la gestion laxiste et peu adaptée du système, ne fait qu’affuter ce sentiment au point de devenir une arme qui frappe, qui blesse et qui peut tuer. Il faut, hélas, l’admettre, l’école haïtienne, de nos jours, n’est plus le lieu caractérisé par l’autorité du maitre et l’obéissance inconditionnelle des élèves.

Des élèves ont tabassé un directeur d’école, d’autres ont attaqué des établissements scolaires ces dernières semaines. Aussi, la Police a maltraité et arrêté des élèves. Cette situation ne peut pas manquer d’interpeller la société. Évidemment, les établissements et les personnes victimes, ainsi que les responsables du système, ont condamné ces jeunes « manipulés » affichant des comportements irrespectueux qui menacent le système et qui troublent l’ordre public. Paradoxalement, l’exercice de cette violence condamnable est mu par une autre encore plus condamnable qui est la perpétuation des inégalités à travers l’école. Le ministère de l’Éducation nationale et les acteurs principaux du système auraient dû anticiper les frictions générées par la gymnastique de la reprise post-Covid pour boucler une année scolaire déjà fragilisée par les évènements politiques survenus au premier trimestre.

Et c’est dommage que, dans les prochains jours, la logique sécuritaire prendra le dessus sur la formation à dispenser aux élèves. Évidemment, certains seront toujours sans professeurs dans les salles de classe et sans outils d’apprentissage à distance. Forcément, la rue, comme ultime tentation, sera leur tribune, leur champ de bataille et leur cimetière.

Le pire serait qu’au lieu d’agir, les gardiens légitimes du système continuent d’être faussement affectés par la réalité d’une école haïtienne qui s’effondre. Comme si la destruction obstinée et intéressée de l’université publique ne suffisait pas.
L’éducation est une charge de l’État et des collectivités territoriales, dit la Constitution en vigueur.

Jean-Euphèle Milcé




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