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Pagaille !

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La semaine dernière a été particulièrement éprouvante. Ce corps de policiers revendicatifs, « Fantômes-509 », a littéralementhanté la ville. Trois jours durant, ils ont défilé, brûlé des véhicules et ont fait parler la poudre. Ces hommes encagoulés ont la capacité d’apparaître ou de disparaître au détour de nos rues, non pas à cause d’un quelconque pouvoir mystique, mais parce que tels des commandos entraînés, ils connaissent bien le ventre creux de cette ville meurtrie.

Ils ont des revendications qui se perdent dans des généralités, à part la demande de libération d’un des leurs arrêté, disent-ils, injustement. Après la rébellion couronnée de succès du corps des Unités de maintien de l’ordre (UDMO) qui ont pu obtenir la libération de cinq de leurs compagnons emprisonnés au Pénitencier national, les « Fantômes » connus pour leurs actions d’éclat veulent aussi faire sortir de prison un policier, semble-t-il, retenu sous les ordres du cabinet d’instruction.

Une situation qui montre que la décomposition de l’État continue à un rythme ahurissant. Les appareils de justice sont depuis longtemps dysfonctionnels. Les grèves font recette dans la magistrature et les greffes de nos principaux tribunaux sont souvent vidées de leurs fonctionnaires. Comme dirait le poète, « la vie partout est en veilleuse », prise en otage par la folie des femmes et hommes qui n’en peuvent plus de vivre dans la précarité.

L’insécurité est aujourd’hui au centre de notre mauvaise qualité de vie. Si personne n’est épargné, le meurtre du bâtonnier en est un exemple spectaculaire, ce sont les quartiers populaires et les usagers de nos routes nationales qui en paient le prix fort. Ce week-end, encore une fois, le quartier du Bel Air a résonné du claquement sourd des fusils automatiques. La guerre s’installe, insidieuse, dans nos rues éventrées transformées en champs de bataille.

Le Premier ministre Jouthe a reconnu récemment sur les ondes d’une radio locale que la police était mal en point, tiraillée de toutes parts par des intérêts opposés. Nous sommes donc en train de payer une manière tribale de faire de la politique. Le pays est ainsi transformé en une arène où s’opposent sans pitié des gladiateurs avides de voir le sang couler.

Un vampirisme politique dont le bilan commence à être particulièrement lourd et pour lequel un jour la nation finira par demander des comptes. La crise des valeurs et le non-respect des droits fondamentaux du peuple haïtien ont fini par transformer l’espace haïtien en une sorte de « cour des miracles » où se concluent les affaires les plus louches, un espace de non droit et de trafics illicites.

La responsabilité est d’abord celle de l’État qui,depuis longtemps, traîne douloureusement les pattes d’une gouvernance bancale dont l’improvisation et l’amateurisme sont les choses du monde les mieux partagées.

Mais les élites aussi ont leurs responsabilités, celles qui ont trop longtemps bénéficié de passe-droits, ou qui se sont non seulement accommodées, mais enrichies du vide abyssal d’une structure étatique creuse et fantomatique.

C’est peut-être ce règne de l’ombre qui inspire ceux qui hantent nos rues en plein jour. L’impunité et le laxisme sont les meilleures armes de l’instabilité qui gangrène notre société. Il y a ceux qui veulent le pouvoir sans limites, d’autres qui le veulent à n’importe quel prix sur les ruines d’une nation exsangue, et enfin entre les deux, ceux qui se font monnayer dans un macabre mercenariat de larmes et de sang.

L’appât du gain a remplacé toute forme de civisme et le spectacle que nous offrons au monde est d’une insoutenable obscénité.

Roody Edmé




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