S'identifier Contact Avis
 
28° C
  à Port-au-Prince
Radio Pacific 101.5 fm - En direct
Le Journal Dernière heure Actualité Édito Tribune Société Économie Culture Diaspora Sport rpacific101.5 FM  
× Immobilier Appartements Maisons Locaux commercial Locaux pour Bureau Terrains Véhicules Voitures Camions Tout Terrains Minibus Motos Divers Animaux Articles ménagers Ordinateurs et pièces Équipement électronique Équipement industriel Équipement lourd Diverses études Légal Bijoux et montres Smartphone et tablettes Vêtements Jeux video

Des hommes et le jeu

Des hommes et le jeu



La tristesse d’un décès s’exprime toujours dans une candeur qui fascine et qui réveille ce que l’on garde, encore, en nous d’humanité. Cette semaine, la mort, pour le moins naturelle cette fois, s’est faufilée dans l’actualité haïtienne pour nous rappeler que nous sommes, comme l’a écrit Gabriel Garcia Marquez, « des feuilles dans la bourrasque ». Nous avons plein de cadavres dans nos têtes. Avant-hier Sébastien Jean, le peintre habité par l’abstraction du chaos, et hier Diego Armando Maradona, le footballeur qui aimait passionnément les faibles et leurs faiblesses.

Nous avons été captivés et nous le sommes encore par toute la fantaisie que permettait la vie du « Gamin en or », dans laquelle il a enseigné que la gloire ne devrait pas nous empêcher de parler des horreurs et des dérives de nos sociétés. Maradona a élevé la décadence au rang de poésie. Dieu, sans vraiment le vouloir et l’assumer, il a joué avec le ballon, les paradis artificiels, les sorties tapageuses et les nerfs de tous les maitres du monde y compris les « managers » cyniques et cupides qui détournent le football à leur profit exclusif. Maradona est le produit d’un monde réel et il l’a porté jusqu’à sa mort.

Aujourd’hui, nous pleurons à la fois le « Gamin en or » et l'impudicité du football haïtien. La stupidité ordinaire s’est installée comme le fil conducteur de toutes les activités liées au football haïtien. Tout est de l’ordre de l’outrance commandée par les instincts les plus vils. Comme si l’indigence des clubs ne suffit pas, le déroulement des compétitions de football en Haïti est un exercice à haut risque pour l’ensemble des personnes sur et en dehors du terrain. Les cas d’arbitres et de joueurs agressés sont courants au point d’être banalisés. Les affrontements entre fanatiques ne sont même pas signalés, voire réprimandés. Entre-temps, la République est humiliée d’autant plus qu’elle est inquiète à cause de la faune tapie dans les eaux troubles de la Fédération haïtienne de football et ses structures exécutives. Il est d’ailleurs difficile d’imaginer que la décision de la chambre de jugement de la commission d'éthique indépendante de la FIFA de radier Yves Jean-Bart, ancien président de la Fédération haïtienne de football (FHF), ne soit que pour des raisons politiques.

Stades volatilisés, violences gratuites, harcèlement, abus sexuels, détournements de mineures, népotisme et abus de pouvoir ; finalement, le grand problème du football haïtien reste entier. Tout semble indiquer qu’après avoir digéré la tristesse générée par la disparition de Maradona, les acteurs devront se résoudre à inaugurer le grand chantier du football haïtien.

Aucune justice, si corrompue soit-elle, ne peut ordonner de garder les morts dans le placard. Pour toujours.

Partout, le football, celui qui arrive à garder en vie et à soulever le petit peuple, a ses dieux et ses truands. En Haïti, il n’est qu’indignation.

Jean-Euphèle Milcé




Articles connexes


Afficher plus [1169]