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Hantises!

Hantises!



Le pays vit comme sous éteignoir. La vie a déserté nos rues ou du moins, elle palpite douloureusement, angoissée. Le commerce, laminé par la propagation même mesurée du virus, est asphyxié par l’insécurité grandissante.

Les gens ne savent plus où donner de la tête. Un tabloïd dominicain conclut dans un éditorial à la faillite totale de l’État haïtien. Il nous faut arrêter de faire semblant. Les officiels du gouvernement se rendent tous les matins à leurs bureaux comme si tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Nos institutions fantomatiques projettent « sur l’écran noir de nos nuits blanches » hantées par le spectre de la violence, une parodie de fonctionnement.

Ce week-end, certains médias ont passé en boucle les multiples interventions du président Jovenel Moïse sur le terrain : inauguration de pompes solaires dans l’Artibonite ou arrivée de barges électriques devant renforcer le nombre de mégawatts d’électricité. « Toute cette activité frénétique de la présidence autour de questions aussi vitales que l’eau et l’électricité est certes louable, commente une téléspectatrice. Avant de se demander dubitative, au rythme ascendant des kidnappings et assassinats, « que restera-t-il de cette population pour vraiment bénéficier des promesses présidentielles de courant 24 h sur 24 ? »

De plus en plus de quartiers vidés de leurs populations, des usines qui se ferment parce que les employés ne peuvent s’y rendre à leur travail. Les parents qui vivent un cauchemar au quotidien attendent avec angoisse le retour de leurs enfants à la maison.

Le commerce informel est frappé de plein fouet par le glaive de l’insécurité. Le cas symbolique de la marchande de saucisses, capturée, puis torturée est emblématique d’une situation complètement hors contrôle. Un chef d’orchestre et une marchande du secteur informel ont été kidnappés le même soir. Deux membres de la communauté économique et artistique sont ainsi unis dans un même destin de souffrance, de saisie brutale de leurs corps au grand dam de leurs familles, et de toute la ville marrie dans la peur.

Arnold Antonin, l’un des organisateurs de la récente « marche pour la vie » ou l’ on a vu des milliers de personnes de toutes les catégories sociales défiler pour dire non à l’inacceptable, a comparé le kidnapping à un retour de pratiques datant de l’esclavage.

Au micro de notre consœur Marie Lucie Bonhomme, il a qualifié de dégradant pour la condition humaine cette pratique consistant à se saisir comme une proie du corps et de la volonté d’un être humain. Et, pour nous qui avons un passé traumatisant où nous fumes vendus comme des animaux ; cette nouvelle traite des personnes devenue le marché le plus lucratif dans une économie criminelle ne peut que faire remonter la mémoire de l’abime.

Aux dernières nouvelles, une opération policière se déroulerait dans un des bastions des hommes armés qui terrorisent la capitale, nous espérons que les civils seront, le plus que possible, épargnés.

La marche pour la vie a été le début d’un leve kanpe pour que nous puissions habiter cette terre en toute tranquillité. Nous n’avons plus le choix que de continuer cette lutte pour un pays organisé. Une bataille qui devra s’éloigner des cacophonies habituelles où chaque leader veut tirer le drap de son côté jusqu’à le transformer en chiffon.

Ce dont nous avons besoin ce sont des millions de bras qui portent haut le drapeau de la dignité nationale, et qui finiront par éradiquer les politiques néfastes et les pratiques criminogènes.

Roody Edmé




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