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Migration et stigmatisation en Haïti

Migration et stigmatisation en Haïti



Dans une mission réalisée en France sur la migration des réfugiés en 2015, originaires des pays arables et africains, qui fuyaient les guerres civiles en Syrie en particulier, ces familles et des individus établis dans la ville de Pas-de-Calais, non loin de la frontière entre la France et l’Angleterre, n’avaient pratiquement qu’un seul objectif. Non pas rester en France, mais se rendre en Angleterre à tout prix !

Dix ans après le séisme du 12 janvier 2010, qui a provoqué la migration de plusieurs milliers de citoyens et des familles haïtiennes, entre les villes haïtiennes et les frontières entre Haïti avec la République dominicaine, les États-Unis et le Canada, pour ne citer que ces pays, si le renouvellement des visas temporaires des familles d’origine haïtienne établies aux États-Unis est devenu un levier diplomatique et politique rotatif, tant pour les courants démocrates et républicains, le triste tableau des quartiers improvisés qui entourent la capitale haïtienne et la ville chaotique de Canaan nous imposent des questionnements sur le sens de la responsabilité partagée entre les élites et les masses en Haïti.

Dans toute l’histoire d’Haïti, la migration et même dans l’histoire de l’humanité, la migration, comme les guerres et les révolutions, a toujours été à la base de la fabrication de nombreuses sociétés et États. En 2020, même si la pandémie du Coronavirus n’a pas laissé un lourd bilan dans la société haïtienne, jusqu'à provoquer des déplacements de familles entre des quartiers et des villes du pays, c’est pratiquement l’insécurité grandissante et institutionnalisée qui semble imposer de nouvelles obligations de mutation et de déplacement dans la société haïtienne.

« Depi nan ginen.... », on essaie d’imposer cette culture de l’intolérance et du rejet de nos races ancestrales. À chaque grande ville ou région du pays, les origines familiales sont souvent associées à des qualités et des défauts. Tout un dictionnaire des stigmates autour de la migration en Haïti, à définir pour mieux déconstruire ou reconstruire l'être Haïtien !

Deux ans après l’introduction du pays-lock en Haïti, de nombreuses familles qui disposaient des moyens ou d’un pied à terre, ont fait le choix de déplacer leurs enfants vers d’autres villes plus calmes en Haïti, jusqu'à laisser définitivement le pays.

D’autres qui résistent encore, ou qui ne disposent pas d’assez de moyens sont pratiquement pris en otage dans l’Haïti de l’ère démocratique. Les nombreux rapports des principales organisations impliquées dans ce secteur, les quelques débats universitaires et médiatiques sur la migration, certaines interventions des ONG et des publications récentes dans les médias internationaux, et pratiquement des films du journaliste Valéry Numa sur le sujet, peuvent fournir des pistes importantes sur la migration haïtienne dans le monde, à travers les multiples destinations dans la Caraïbe, en Amérique du Nord et du Sud, dans les traditionnels pays européens, et jusqu'en Russie avec la communauté grandissante des étudiants haïtiens.

Devant tous ces tableaux, et en dehors de toutes les statistiques à actualiser autour des avantages de la migration des Haïtiens dans le monde, incluant les apports économiques de la diaspora dans l’économie nationale, il y a une nouvelle forme de migration qui se dessine avec l’insécurité et le kidnapping, à ne pas sous-estimer dans le pays.

Dans cinq ans, dans dix ans, dans vingt ans et plus encore, il ne sera pas économique et profitable pour un enfant ou un parent de s’identifier à ces nombreuses villes d’aujourd’hui, placées dans la liste des zones de non-droit en Haïti, en remplissant des documents académiques ou administratifs, de toutes sortes. Nombreux seront les hommes et les femmes survivants, originaires de ces communautés, malgré leur innocence et leur migration avant ou pendant ces crimes humanitaires, qui risqueront de porter les marques symboliques de ces actes de déshumanisation persistante, dans certains quartiers pauvres en Haïti. Comment empêcher ou éviter de telles stigmatisations en Haïti ? Comment la migration pourrait-elle aider ces nombreuses familles à éviter de se mêler dans le sang des nombreux innocents et le sort de certains bourreaux ?

Un jeune aura du mal à s’identifier à l’avenir dans certaines zones rouges du pays. Il est possible qu’un patron qui va recruter, dont ses proches ou parents qui avaient été victimes ou enlevés et séquestrés dans ces quartiers, exprime une certaine peur envers ce professionnel compétent et qualifié. Autant de passifs que la génération actuelle des rebelles est en train de compiler contre l’avenir des plus jeunes. À quand une véritable révolution mentale dans notre société pour reconstituer les valeurs et réconcilier les familles?

Dans le cadre de la traditionnelle Journée internationale de la migration commémorée le 18 décembre depuis plusieurs années, les universités et les autorités du pays devraient véritablement se penser sur cette nouvelle forme de migration qui se renouvelle et alimente l’insécurité dans le pays.

Dominique Domerçant




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