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Debout, malgré tout !

Debout, malgré tout !



Onze ans après le passage du meurtrier et dévastateur séisme du 12 janvier, il est tout à fait possible que plus de personnes qu’on ne le pense, même pour le temps de la journée anniversaire, se rendent comptent que la reconstruction (inentamée) du pays est pleine d’enseignements. Entre bavures, gaspillages, amateurisme, racisme détourné et cleptomanie, les écueils auxquels se sont heurtées les activités liées à la prétendue reconstruction, ont été nombreux. Ce n’est pas que d’autres désastres n’ont pas essayé de chasser la douleur du séisme du 12 janvier, mais le souvenir de trois cents mille morts et peut-être d’autant d’handicapés, sans compter les immenses pertes matérielles, prend logiquement racine et ne se dissipe pas facilement.

Depuis 2010, la reconstruction post séisme a toujours été un vrai sujet politique qu’on feint de ne pas aborder en profondeur tant les passions et les déceptions sont énormes. C’est vrai qu’il est facile et même recommandé de s’abriter derrière les failles d’un État dépassé et enclin à la corruption réelle ou supposée. Mais, la gestion de l’aide, les positions erratiques des autorités haïtiennes, la pingrerie et les mensonges des donateurs ont beaucoup contribué à garder le peuple haïtien face contre terre.

En réalité, nous avons choisi de jouer sur la confusion, sachant que les activités humanitaires et caritatives après une catastrophe paient beaucoup plus en visibilité et en crédit politique qu’un long programme de développement par la reconstruction. Comme les effets d’une épidémie, les institutions internationales et les organisations non gouvernementales, qui revendiquent le monopole du cœur, ont autant besoin des résultats de l’impact immédiat, fortement médiatisé de préférence, que les acteurs politiques en quête de voix.

Les stratégies d’intervention et les moyens suffisants ont cruellement manqué au projet de reconstruction d’Haïti. Aujourd’hui encore, onze ans après le grand désastre, la compassion, abusivement exploitée, est la trame de tous les discours qui ciblent les victimes et tout un pays qui peinent à se relever de la catastrophe.

Un petit hommage par ci, une parole d’experts par là, tout est faux et insipide ! Pas plus que les dépôts de gerbes de fleurs, les discours des partenaires internationaux et les engagements réchauffés.

En effet, l’inventaire qui précède explique la gêne ressentie par certains Haïtiens et amis d’Haïti qui estiment qu’il y avait moyen de faire mieux et plus décent. Même l'enthousiasme assistanciel n’a pas fonctionné. Onze ans plus tard, le site de Saint-Christophe destiné à être le lieu du souvenir et des possibilités de recueillement suscite peu d’intérêt populaire. D’autant qu’il n’a jamais été emménagé de manière à remplir son rôle.

A Port-au-Prince et ailleurs, les ruines et les maisons encore fissurées sont là pour nous rappeler que la stratégie de reconstruction post-catastrophe n’était pas la bonne. Pour preuve, après l’épuisement des financements, dépensés dans une artistique opacité, on doute que la vulnérabilité de la population au prochain grand évènement sismique ait été réduite.

La seule satisfaction de l’histoire est l’image de ce peuple en train de soulever des dalles de bétons pour sauver les siens et récupérer dignement les corps accessibles. La tendresse ne soigne pas, mais elle sait nous consoler.

Jean-Euphèle Milcé




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