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Les marges d’une urbanité en crise!

Les marges d’une urbanité en crise!



Sur les réseaux sociaux circulent depuis quelques jours, un clip montrant des artistes du rap se préparant pour un méga spectacle dans un des espaces contrôlés par nos seigneurs de la guerre. Ces derniers vivent dans des enclaves surprotégées et imprenables. De véritables nids d’aigles ou de rapaces qui dévorent la ville, en modifiant sa configuration, et en réduisant à une portion congrue l’autorité d’un État qui fait semblant d’exister.

Une autre vidéo, tout aussi virale, montre des gamins, des « enfants soldats » s’amusant avec des armes lourdes. Ces engins de gros calibres constituent pour ces jeunes, qui n’ont pas connu d’enfance, les premiers jouets de toute leur jeune existence. Ils sont heureux de faire claquer ces « joujous » meurtriers. Ils jouissent d’apeurer le voisinage et de faire entendre à mille lieux à la ronde le bruit de leur canonnade, de faire chanter à l’unisson ces fusils de différents calibres dans « une harmonie telle qu’on ne peut l’écouter qu’en enfer », écrirait Voltaire.

Cet enfer des quartiers constitués de mauvais béton et de taules calcinées que la romancière Emmelie Prophète nous décrit dans un dernier roman, paru aux éditions « Mémoire d’Encrier » et qui porte le titre évocateur : « Les villages de Dieu ». Un texte que l’on lit avec curiosité, comme pour découvrir la vraie vie de ces espaces qui ceinturent la ville pour la pénétrer jusqu'au sang.

Le personnage principal est Célia, Cécé. Une jeune fille à l’histoire très ordinaire dont « La mère fut la grand-mère ». La mère étant morte depuis longtemps, le corps ravagé par l’alcool et la drogue. Là où la misère échoue à tuer des habitants habitués à survivre dans des conditions d’extrême précarité, un peu comme ces organismes vivants que les sondes spatiales découvrent parfois sur des planètes inhabitables ; ils sont par contre souvent fauchés par la mitraille de gangsters aux petits pieds, mais lourdement armés par des fossoyeurs de patrie. La fiction chez l’auteure prend des allures de vérité profonde tant dans les descriptions hyper réalistes des lieux que dans la psychologie des personnages condamnés à vivre des aventures dantesques.

Suivons la narratrice : « Déménager à la Puissance divine, pour Fany, avait été comme passer dans l’autre camp…Bethléem de l’autre côté de la grande artère, la parodie de la ville natale de Jésus, aussi loin de tout que la Puissance divine, était aussi un lieu perdu au cœur de la capitale, un furoncle parmi d’autres comme Source bénie, Mains de Jéhovah, desquels on détournait le regard, mais dont le bruit et l’odeur entraient par tous les interstices des maisons bourgeoises….tant elles étaient géographiquement incontournables ».

« Nos villages de Dieu » est le survol d’un monde marginalisé et qui réclame son tribut à ce qui reste d’une ville démembrée. C’est un plongeon dans un vécu que tout lecteur se doit de découvrir à quelque classe sociale qu’il appartienne. Des espaces où des chefs de gangs rendent leur « justice », autorisent des mariages ou font fuir des maris, construisent des cliniques ou organisent des spectacles.

Un bon roman de Balzac vaut bien et parfois mieux qu’un livre d’histoire sur le Paris du XIX siècle, tant la littérature est parfois en bouche à bouche avec l’Histoire. Le roman « Les villages de Dieu » nous introduit dans la vie trépidante de nos cités devenues des antres qui crachent le feu. Un feu qui menace de consumer la ville. Un bon roman ressemble tout à fait à ces matériels d’exploration médicale qui provoquent le frisson, tant par la méthode que par l’imagerie qu’il dévoile. L’approche réaliste n’exclut pas la plongée dans « une foule de sentiments », l’héroïne Célia est habitée par cette grand-mère qui lui a tout donné du peu qu’elle avait. La rudesse d’un espace aussi minéralisé que la pierre n’occulte guère les légitimes aspirations d’une humanité en souffrance.

La problématique de l’urbanité meurtrie doit être au cœur de tout grand débat politique. La littérature nous ouvre une fenêtre sur l’urgence d’un environnement aussi menacé que menaçant.

C’est le professeur Claude Moïse qui écrit en conclusion de son dernier livre sur nos constitutions, « Le troisième âge » : « Un pays en mutation qui se transforme dans tous les domaines (démographie et surpopulation, urbanisme et anarchie étouffante), ce pays-là a besoin d’un nouveau projet porté par un nouveau type de leaderships, de politiciens et de gestionnaires, surtout en quête de nouveaux pères fondateurs, mais de citoyens-nes refondateurs ».

Roody Edmé




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