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Onde de choc

Onde de choc



Nous avons choisi, depuis toujours, dans la bienveillante promesse que tout finira par s’arranger, de laisser faire le hasard, de laisser, en toute impunité, certains dissoudre ce qu’il y a de plus essentiel dans notre société, d’enlever tout sens même au fait d’être citoyen d’ici. Les plus hébétés, handicapés par la paresse de l’ignorance ou de l’évangile, s’accrochaient au « Bondieu bon » et une grande partie du reste, perdue dans ses luttes décousues et tant de fois mesquines, disaient à qui voulaient l’entendre que « l’espoir est permis et le changement possible ».

Pourtant ce grand ébranlement, cette dislocation sociale, que nous vivons actuellement était prévisible puisque nous avions eu le temps et le loisir d’inventorier et de définir les signes avant-coureurs. Nous avions consacré le mépris de l’autre comme unique lien de sociabilité entre haïtiens des villes et de la campagne ; entre haïtiens ignares et éduqués ; entre les nantis et le gros peuple. Nous avions encouragé la toute puissance jusqu’à l’indécence des « gros zouzounes ». Nous avions trouvé normal, compréhensible et approprié le fait que chaque membre de la communauté doive s’atteler à construire sa réussite individuelle au détriment des autres et dans l’ignorance totalede l’obligation du bien-être collectif.

Voilà que maintenant, ceux qui n’ont pas les moyens et le courage de partir se barricadent chez eux, tremblent de peur, s’auto prescrivent des calmants et attendent leur tour.Et ce n’est pas un malheureux accident. Cetteréalité, programmée depuis longtemps, que nous aurions pu, mais nous avions refusé d’anticiper la manifestation.

Le petit peuple des périphéries et des campagnes oubliées a choisi de brandir ses armes et de le pointer sur la société. Ce faisant, il entreprend de mobiliser des ressources, par le kidnapping et autres activités répréhensibles, pour assouvir ses rêves de consommation comme les « autres » et, en passant, gagner en légitimité auprès de ses voisins en assurant le minimum social.

En vérité, alors que la République, indignée par les évènements du 12 mars dernier où cinq policiers ont été sauvagement tués et démembrés, s’affole, cherche des coupables, les gangs savourent leur victoire. L’onde de choc qu’ils ont provoquée risque d’emporter l’institution policière, dernier rempart de la République.

La suffisance et la science du haut état major de la Police n’ont pas pu empêcher les policiers de transformer leur indignation en révolte. Depuis deux jours, souffle un ouragan sur la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Des policiers manifestent. Des policiers brûlent. Des policiers mettent en joue des frères d’armes et de misères. Des policiers forcent des cellules pour libérer ceux qu’ils estiment écroués à tort.

On aura aussi compris que la colère est sélective et tant de fois discriminatoire. Louis Buteau n’est qu’agronome.

C’est vrai que nous avions choisi de ne pas voir. Nous avions refusé d’anticiper. La note du jour de l’Association des Industries d’Haïti (ADIH) est triste de lourdeur et je cite un extrait : « L’ADIH soutient que le secteur privé, l’un des piliers de l’économie nationale, par la création d’emplois qu’il fournit au pays, ne saurait accepter les violations de l’État de droit par des actes sans fins de destructions de vies et de biens ».

Nous nous sommes, pendant trop longtemps, bouché les oreilles et voilé les yeux. Les gangs n’ont désormais plus de patrons. Ils n’ont que des clients.

Jean-Euphèle Milcé




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