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Topographie d’une crise

Topographie d’une crise



Ce qui reste de notre capitale est à l’exacte mesure du dénuement et de l’anarchie dans laquelle nous évoluons. Le concept de quartier a été pulvérisé par le tremblement de terre, mais aussi par la paupérisation galopante de ces dernières années.

Depuis le démembrement de la ville, en 2010, aucune une volonté politique n’a émergé ces dernières années pour permettre aux nombreux plans qui dorment dans les tiroirs de se matérialiser. Une fois, on avait fait les gorges chaudes autour du projet du « Prince Charles » qui était porté par un ancien maire de la capitale. Le projet SCRAB de Jean Lucien Ligondé, encore commandité par le maire Yves Jason n’a pas eu raison des réticences multiples et de la bureaucratie. La capitale est restée couverte de ruines et de poussière dans une atmosphère de fin du monde. Puis il y eu, la rumeur qui secoua le Landerneau politique, celle d’un méga projet, pour une ville nouvelle qui, disait-on, serait financée par la Chine populaire. Naturellement, les embarras géopolitiques aidant et les rivalités politiques ont mis à bas ce projet qui paraissait faramineux. On parlait de plusieurs milliards de dollars qui allaient permettre à cette bonne vieille ville historique des Caraïbes de revêtir des habits neufs.

Le gouvernement a fait le gros dos, les Américains ont ronronné ne voulant pas voir leur « pire ennemi » du moment, en l’occurrence la Chine de Xi Jing Ping, se positionner avec ses puissants fonds souverains dans leur arrière-cour caribéenne. Nul ne sait aujourd’hui s’il s’agissait d’un plan réel ou d’un coup de bluff politique sur l’échiquier tordu de nos rivalités politiques.

Il existe encore heureusement, le projet assez élégant de la Cité administrative, qui est une extraction des deux précédents projets. Certains bâtiments sont sortis de terre, mais faute de moyens et surtout en raison d’exercices en futilités de nature politicienne, le projet paraît brisé dans son élan. La Cité administrative est pilotée par L’Unité de construction et de logement des bâtiments publics (UCLBP).

Un projet pour le moment qui manque cruellement de fonds et qui a le mérite de réunir une table technique composée de nos meilleurs urbanistes et planificateurs de disciplines différentes. Les obstacles sont d’ordre socio-économique. Il faut pouvoir dédommager certains riverains, il faut intégrer ou contourner le « poumon mécanique » que constituent les centaines de garagistes qui longent la rue du Magasin de l’État et qui descendent jusqu’au bas de la ville. Une zone économique qui abrite de petites et moyennes entreprises spécialisées dans la mécanique automobile et offrant des services à toutes les catégories sociales.

Le « National » a appris que le plateau technique de l’ UCLBP s’est déjà penché sur la question et les solutions existent, mais il faut des décisions politiques pour appuyer la technique. Or dans notre pays la politique ne s’occupe que d’elle-même. L’exemple le plus probant est celui de l’Hôpital de l’UEH encore inachevé alors qu’il est en construction depuis dix ans.

Le cinéaste Arnold Antonin a été interpellé par les cris silencieux de la ville. Il a réalisé un court métrage sur la disparition des feux de signalisation. Dans ce petit documentaire qui a pour titre évocateur « Kote limyè wouj yo pase ? », Arnold Antonin et Oldie Auguste s’interrogent sur la situation de nos rues rendues aveugles par la quasi-absence de sémaphores de signalisation. Guy Étienne, un éducateur, responsable du Collège Catt’s Pressoir, a mis l’accent sur le temps perdu par les écoliers dans des embouteillages innombrables, mais aussi le coût économique de moteurs qui tournent pour rien.

Des heures dans ces longues files de voitures à avancer pare-choc contre pare-choc prennent sur le temps de travail des entrepreneurs et salariés, les plages d’études des écoliers et universitaires. Le film montre une ville surchargée, hagarde dans un concert frénétique de klaxons. Et d’un point de vue sanitaire, se dégage le dioxyde de carbone (Co2), ce gaz à effet de serre qui pollue l’air et empoisonne les passants à grands feux.

Le cinéaste a aussi investigué du côté d’anciens fonctionnaires de l’État dont un ex-ministre des travaux publics, qui un jour a vu des sémaphores s’installer sans savoir de qui était venu l’ordre. L’entrepreneur Emmanuel Vaval qui, sous l’administration du président Préval, avait installé une quarantaine de feux de signalisation, fonctionnant avec des panneaux solaires, a amèrement déploré qu’il n’y ait eu aucun suivi pour leur entretien.

La vérité est que rien n’est prévu dans nos budgets pour l’entretien de nos infrastructures. Une des anciennes plus belles villes de la région a aujourd’hui le visage balafré. Elle est considérée comme un des endroits les plus laids et des plus délaissés au monde. Elle est traversée de nouvelles frontières gardées par des cerbères d’une rare violence, une cité kafkaïenne où l’ordre civil est en lambeaux.

La ville grimace de douleurs et tous les jours ses rues sont le théâtre d’une chronique des sept misères. Une réalité que le cinéaste Arnol Antonin a bien voulu encore une fois nous exposer. Un cout-métrage qui attire dramatiquement notre attention sur les dangers d’un environnement dégradé, et qui pose un vrai défi économique et sanitaire.

Roody Edmé




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