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L’interminable simulacre

L’interminable simulacre









La fronde, que plus d’un assimilait à une blague malveillante d’une communauté dont le pouvoir de convocation ne dépassait pas les limites du virtuel, peut pousser la justice à s’enliser dans du sable mouvant. Les nouveaux militants contre la corruption et pour la reddition des comptes du fonds Petrocaribe ont réussi à créer deux camps : les suspects et les méfiants. Entre deux, entre la sincérité et la posture, ce n’est que l’absolue confusion.

Et dans ce grand théâtre où se joue l’avenir de la République, les acteurs sont nombreux et certains, plus prétentieux que le commun des mortels, du haut de leur fonction ou de leurs petites histoires personnelles, tentent de truster les premiers rôles. Forcément, les spectacles fortement marqués par la politique assurent généralement leur part de suspens. Toutefois, la grande inquiétude est désormais l’accumulation et la redondance des actions tordues, des mots noyés dans la langue de bois et la diversion. Malgré l’hyperactivité des initiateurs, des héritiers, des managers et des courtiers du mouvement, la lumière sur la gestion dénoncée du fonds est encore loin d’être faite.

En direct à la télé, le Premier ministre a été instruit par le président de la République pour extirper de la République la tumeur de la corruption, ce mal qui aplatit le pays au point d’hypothéquer son existence même. Depuis, les manoeuvres s’emballent et se traduisent par des signaux envoyés à la Cour des comptes et du contentieux administratif et au magistrat chargé de l’instruction.

Nous imaginons le défi énorme, mais il prend encore plus d’ampleur quand les acteurs font semblant de ne pas comprendre que ce n’est plus le moment de mentir aux autres et à eux-mêmes. Trop de personnes masquées dans la foule. Et ça craint qu’un jour le peuple finisse par arracher les masques au visage de ceux qui les portent et refusent de les ôter.

Ils sont nombreux à regarder d’un coin de l’oeil les sorties de l’opposition comme celles du pouvoir. La méfiance est de mise et il semble évident que l’opposition et ses propositions ne peuvent plus aimanter la foule. Et pourtant, les discours sur la question de couleur (ainsi que celles du Drapeau national) ont été revisités et remis au goût du jour.

Pas grand monde ne sait si l’on doit en rire ou en pleurer. Même les opérations mirages du commissaire du gouvernement. Un avis aux banques qui sort du chapeau et vingt-quatre heures un communiqué de presse qui rentre l’avis. Tour de magie, habilement exécuté, les spectateurs sont encore sous le charme.

Et derrière le paravent, fond de la scène, le pays patauge dans ses inquiétantes défaites. La corruption est l’élément central d’une sérieuse crise. Rien de nouveau sinon qu’un rappel de la réalité de notre état. Au moment d’écrire, le quartier de La Saline compte ses morts. Neuf personnes ont été tuées et quarante autres blessées après deux jours de tension dans la zone.

Si seulement nous arrivons à contourner l’interminable simulacre. La quête de la vérité sur la gestion du fonds Petrocaribe et, encore plus, la lutte contre la corruption sont nécessaires pour rêver et construire notre pays autrement. Mais les prétendants aux rôles principaux devaient comprendre qu’il est mal venu de séquestrer la lutte dans une position de personne intouchable qui s’approprie le monopole de l’autorité pouvant écarter de la scène qui bon lui semble.

Jean-Euphèle Milcé



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