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La menace et le spectacle

La menace et le spectacle









L’actualité de ces dernières semaines est d’une brutalité capable d’inspirer le plus exigeant des réalisateurs de film d’horreur. L’indifférence apparente de la société envers le massacre de La Saline est saisissante. Glaçante. Bien entendu, les parents qui se croient responsables et éclairés, les vieux gardiens de la morale publique ont, vite fait, appliqué le protocole des petites censures pour éviter que la barbarie traumatise leurs enfants et leurs entourages.

La bagatelle de soixante morts, rien qu’à La Saline en moins de quarante-huit heures, ne semble causer aucun problème à la bonne marche de la République ni assez significative pour provoquer un semblant de deuil national. Est-ce que le pouvoir, l’opposition et les nouveaux acteurs politiques non identifiés ont ressenti de la culpabilité pour avoir, d’une manière ou d’une autre, noyé la détresse des proches des victimes dans leurs agendas politiques ?

L’Église, les associations des professionnels du droit, les intellos bâtisseurs de la beauté et de la logique, les apprentis petits-bourgeois qui réinventent artisanalement la résistance, les gros cons derrière leurs comptoirs ont étalé leur science de contorsionnistes pour détourner l’attention sur autre chose. Le massacre est ainsi placé à une distance effrayante. La Saline, quartier de la zone métropolitaine, est subitement un village perdu dans un pays sans histoire de l’Asie centrale. Les morts du massacre de Jean- Rabel en 1987, malgré la position excentrée et l’absence de puissants réseaux sociaux, ont généré mille fois plus de raisons de s’indigner et de réclamer justice.

On aura compris que, depuis quelque temps, la mission de certains de nos compatriotes est de tirer à balles réelles sur tous ceux qui s’aventurent sans autorisation à l’intérieur de leurs territoires. Les chefs sont connus. Ils ont des dossiers, des amis, des soutiens, des lieutenants et des patrons. Ils sont même cautionnés par certains journalistes qui n’ont pas encore compris le poids de l’innommable.

Il est rageant de constater qu’aucun responsable politique ne peut concevoir l’espace public sans le spectaculaire et la communication pour épater le gros peuple. Quitte à ne pas le convaincre. Tout le monde en a assez de ce grand brassage de vent.

Hier, le cadre théâtral était aménagé au Sénat de la République pour jongler avec les mots et les postures. Pour la confirmation de l’identité d’un officiel coupable d’avoir exfiltré un bandit d’une zone d’opération en cours de la Police, le pays, accroché aux postes de radio et de télévision, a enfin expérimenté les limites du ridicule.

Le jeu de questions/réponses entre les parlementaires et le chef de la Police fera date comme scène d’anthologie. M. Gédéon, courageux, mais peu téméraire, a essayé de se cantonner dans son droit d’émettre un avis purement technique. Sauf que pour le show, le chef de la Police n’a pas bien tenu son rôle. Pour les sénateurs, il s’est exprimé tout en ayant du mal à se faire comprendre. Le peuple téléspectateur a aussi apprécié, sans bien comprendre, les chiens renifleurs à l’extérieur du bâtiment soutenant l’idée de la ménagerie dans la cour du Parlement. Après les cochons, place aux chiens !

Il reste, au-delà de tout, une dure constante : notre pays est déchiré par la violence. À l’approche des fêtes de fin d’année, les affiches se font rares et les déplacements à l’intérieur du pays sont risqués. Des hôtels sont à l’agonie. La frange sage de la population est barricadée chez elle. La mort, elle, tourne en boucle sur les réseaux sociaux quand elle n’est pas retransmise en direct.

Machaterre, Rivière massacre, Jean-Rabel, Gonaïves, Carrefour-Feuilles, Raboteau, La Saline sont autant de psychodrames qui n’ont jamais généré de vraies enquêtes. Pour le massacre de La Saline, il n’est en rien irrespectueux de demander aux responsables politiques et à ceux chargés de la sécurité un peu plus que l’identité d’un bandit, si officiel soit-il.

Jean-Euphèle Milcé



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