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Un temps de Noël

Un temps de Noël









Les temps ont vraiment changé et ils sont, comme aurait pu chanter Ferré en Haïti aujourd’hui, difficiles. La Noël nous surprend, cette année, en plein questionnement de cet affect social qui a construit et alimenté notre rapport au monde par la contestation.

La période de la fête de Noël était celle qui convenait à la fête, au repos et toutes les expressions possibles de la subversion. On dénonçait, avec malveillance, la bigoterie de nos vieilles tantes qui voulaient nous imposer la tristesse des rendez-vous religieux. On trouvait également à redire sur l’hypocrisie des retrouvailles en famille autour d’une table sans alcool avec la dinde farcie de la même manière depuis la nuit des temps.

Et, tous nos sensés discours sur le bovarysme culturel, l’acceptation des traditions occidentales et judéo-chrétiennes, la compassion blanche à travers le père Noël, l’abrutissement des enfants et la vulgarité des arbres de Noël en plastique « made in China ».

Il est vrai que cette période nous était nécessaire pour solder nos comptes en nous adressant, avec le premier moyen à notre portée, aux marchands du temple qui utilisent la candeur et les bonnes dispositions des bons chrétiens vivants pour gonfler leurs chiffres d’affaires. La consommation effrénée était l’ennemi insidieux, la bête à abattre. Et nous croyons détenir la preuve, chiffres à l’appui, que des millions de pauvres, êtres et frères humains mourraient de faim à Noël au moment que d’autres dépensaient et gagnaient de l’argent sans compter.

Cette année, nous avons mille raisons valables d’être nostalgiques de ce bon vieux temps que nous avons tant honni. La crise, ce mal tenace et métastasé qui ronge le pays, s’est installée. En 2018, personne n’ose plus faire semblant. Les guirlandes resteront dans les coffres. Les coquettes n’auront pas l’occasion de montrer leurs nouvelles parures. Ça craint fort pour les amours de Noël.

La morosité de cette année est tributaire du cynisme qui caractérise l’action politique en Haïti. Le pouvoir, l’opposition et tout ce qui peut se trouver entre les deux n’ont peut-être pas compris que pour l’amour d’un pays et de son peuple, il n’est jamais bon de se maintenir dans la mauvaise position. Même par orgueil. Même par vice. À la place de la très dénigrée opération marketing mise en place chaque année à l’approche de la Noël, cette année, en 2018, nous avons droit à l’hypertrophie du pouvoir de consommation, à l’insécurité, au maintien des mouvements sociaux et à l’horreur des cadavres de La Saline ajoutés à ceux des policiers qui se font descendre comme du gibier au moment de la chasse.

Il paraît que les guirlandes sont déployées et branchées à Delmas. La magie de Noël est défendue par un maire fier et tellement seul. Sauf qu’il est conseillé aux enfants de ne pas sortir la nuit pour se perdre dans la lumière et fredonner une chanson à l’hommage du petit Jésus dans sa crèche.
Les temps sont difficiles. Les portes des églises ne seront pas ouvertes à minuit, le 25 décembre, pour accueillir le « divin enfant ». Et, pauvres nous, citoyens engagés et conscients, n’aurons rien à contester.

Et voilà que maintenant la bêtise de la consommation incontrôlée, l’amour bon marché, les messes fades, les retrouvailles niaises nous manquent. Sincèrement, nous les préférons à la misère.
Joyeux Noël en des temps difficiles !

Jean-Euphèle Milcé



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