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La fatalité d’un vote !

La fatalité d’un vote !









La décision haïtienne de voter contre le gouvernement Maduro du Venezuela lors du dernier conseil de l’Organisation des États-Américains(OEA) a provo¬qué des réactions passionnées dans l’opinion publique. Jamais une décision de politique étrangère n’avait suscité autant d’émoi au pays. Les relations historiques entre les deux peuples qui remontent à plus de deux siècles y sont assurément pour quelque chose. Dans certains de nos livres d’Histoire figurent des portraits de Simon Bolivar et de Miranda, des héros des guerres de libération de la grande Colombie. Miranda a séjourné dans la ville haïtienne de Jacmel et aurait reçu le support logistique du général Magloire Ambroise sous les ordres empressés de Dessalines. Simon Bolivar chassé du pouvoir à Caracas par les troupes de Ferdinand VII s’était réfugié dans la ville des Cayes où cette fois-ci, il bénéficia de l’aide militaire substantielle du Président Pétion.

L’historien JC Dorsainville rapporte : « Aux Cayes, Bolivar reçut en abondance des armes et des munitions, sous la promesse qu’il abolirait l’esclavage… mais quand il décréta la liberté générale, tous les propriétaires d’esclaves se dressèrent contre lui ». Vaincu une nouvelle fois, Bolivar revint en Haïti dans la ville de Jacmel où il séjourna pendant six mois. Et c’est à partir de Jacmel qu’a pris nais¬sance la grande épopée qui devait aboutir à l’indépendance du Venezuela, de la Colombie, de l’Équateur, du Pérou, et de la Bolivie. Les deux pays ont donc forgé par le passé des alliances qui ont abouti à l’émancipation de l’Amérique latine du joug colonial. À l’époque, Haïti pouvait se permettre d’avoir une diplomatie forte qui reposait sur une doctrine révolutionnaire régionale destinée à briser le cercle qui menaçait d’étouffer le projet haïtien d’indépendance. Le pays ne pou-vait demeurer trop longtemps l’unique phare de la liberté dans les Amériques.

L’élection en 1998 d’Hugo Rafael Chavez et la mise en place de son projet du « socialisme du XXIe siècle » changèrent la donne dans le sous-continent. Hugo Chavez incarna dans l’esprit des peuples d’une région à la très longue his¬toire de domination, un nouveau « libertador ». Dans ses relations avec notre pays, Chavez ne ratait jamais une occasion de mentionner l’apport d’Haïti à l’émancipation de son pays. Les Haïtiens adorent, des années après sa dispari¬tion, se partager sur les réseaux sociaux les paroles de gratitude historique de l’ancien chef d’État vénézuélien. Le leader des « chemises rouges » avait un dis¬cours qui rendait toute sa fierté aux Haïtiens malmenés par des déclarations peu amènes d’autres leaders régionaux. D’où ce sentiment de frustration assimilable par certains à un coup de Jarnac !

Le vote à l’OEA a d’autant plus surpris qu’il y a quelques jours la diplomatie haïtienne tenait encore la rampe face à la puissance des vents contraires. La vérité est qu’Haïti peut difficilement résister aux poids lourds de la région. Les grandes puissances disposent d’un éventail infini de moyens pour faire plier un pays qui tenterait de leur résister. Particulièrement, si ce pays est très pauvre et son gouvernement faiblement élu. L’Iran, la Corée du Nord, Cuba vivent très difficilement sous la férule des sanctions internationales. Une diplomatie forte s’appuie généralement sur une économie et une puissance militaire tout aussi forte. Et très peu de pays ont les moyens de leur politique.

De plus, la révolution bolivarienne a perdu, en route, nombre de ses alliés. Les récentes élections dans de nombreux pays ont remis au pouvoir des partis de droite. Le Brésil a même été plus loin en élisant un ultra conservateur considéré comme un clone idéologique du Président Trump.

De plus, au Venezuela, la situation est on ne peut plus tragique. Le rouge de la « révolution » a tourné au brun. Le régime vit le couteau entre les dents. Et le pays est englué dans une catastrophe humanitaire sans précédent.

Le Président Maduro tient encore l’armée et une base ferme, même si consi¬dérablement réduite composée de partisans du Parti socialiste unifié, de mili¬tants du mouvement somos venezueluanos. Cependant, avec une chute du PIB de 16,55 % en 2017 et une économie contractée à plus de 30 %, le pays con¬naîtrait, selon le Monde diplomatique, un effondrement comparable à celui des États-Unis en 1929.

Les gouvernements de Chavez et de Maduro n’ont pas su diversifier les sources de richesses du pays trop dépendant de la manne pétrolière. Et, la chute brutale du prix du pétrole a ruiné une économie de rente.
Le vote d’Haïti tombe donc comme un couperet dans un contexte interne et externe peu favorable au régime du Président Maduro.

Roody Edmé



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