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Meurtrière permanence !

Meurtrière permanence !








L’insécurité depuis quelques longues et tristes années tient, en Haïti, le haut du pavé. Pendant longtemps, on s’est évertué à trouver des excuses, certaines logiques, à des actes criminels. Le plus simplement du monde. Nous avons, par peur de nous juger, accepté les règlements de compte, les « tribinal mòn », les mille manières expéditives de faire payer « frekansite ». Parce que nous avons appris à nous détacher des drames, surtout qu’ils sont forcément ceux des autres. Pendant longtemps, nous avons qualifié toutes les victimes de coupables.

En nous adaptant, progressivement et sans arrêt, à l’anormal, nous avons fini par nous taire, par trouver des compromis et faire semblant de tout oublier, sans pour autant pardonner.

Et pour moins nous exposer, nous avons arrêté de sortir pour rien. Nous avons renforcé les entrées de nos demeures, monté les murs de quelques rangées supplémentaires de parpaings, choisi les blindés, engagé des agents, dressé nos chiens et placé des systèmes de vidéo surveillance.

Petit à petit, les yeux fermés, nous avons glissé dans l’insécurité permanente. Par ricochet, tous les citoyens ont choisi de s’abandonner espérant passer entre les mailles du filet de la grande faucheuse. Et depuis, survivre devient le grand enjeu. La seule raison de vivre. Pour ce, nous avons arrêté de regarder l’horizon parce qu’il est devenu imprudent de se projeter dans le futur.

L’insécurité permanente est une machine à angoisse parce que nous devons toujours être sur nos gardes. Regarder partout avant de traverser la rue.

Nos rapports avec les autres, voisins ou étrangers, ont beaucoup changé, puisqu’il faut être sur ses gardes pour ne pas s’endormir dans sa zone de confort. Sincèrement, il n’y a pas plus mortel. Ce n’est pas par faute d’avoir essayé de fuir, des millions d’Haïtiens continueront à habiter Haïti et le considérer comme seul et unique pays.

Nos plans d’action, les lots de précautions d’usage, la paranoïa obligatoire deviennent une lutte perpétuelle transformant le territoire haïtien en dangereux champ de bataille.

Le plus inquiétant est ce sentiment tenace d’abandon. De se sentir en danger partout et à tout instant. Même dans les bâtiments stratégiques de l’État haïtien avec la protection y relative, nul ne peut désormais ignorer qu’on peut brutalement laisser sa vie.

Dans la nuit du 16 au 17 janvier, un évènement, produit à l’Hôpital de l’université d’État d’Haïti (HUEH) le plus grand et le plus important centre hospitalier du pays, laisse comprendre que l’insécurité ne se contente plus d’être permanente. Elle est arrogante de stupidité. Un malade, en attente de soins aux services d’urgence de l’hôpital, a été, sous le regard impassible d’autres personnes dont du personnel médical présent, emmené de force par des bandits armés.

Sans s’inquiéter de la présence et de l’efficacité d’un service de sécurité, les bandits ont tranquillement et froidement assassiné le malade, à quelques pas de l’entrée principale de l’hôpital.

S’il est aussi facile de mourir assassiné après avoir été emmené d’une salle d’hôpital, toutes les stratégies de vigilance sont sans effet sur l’insécurité permanente.

À la fin, il n’y aura plus d’endroits pour nous cacher.

Jean-Euphèle Milcé



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