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« Tout tourne autour de nous » !

« Tout tourne autour de nous » !









Depuis plusieurs jours, la situation sociale est on ne peut plus explosive. Les manifestations se multiplient à la capitale comme dans nos principales villes de province. Nous l’avons répété en maintes occasions, il y a quelque chose d’irrémédiablement brisé dans cette société qui réclame de nous un supplément d’âme. Nos élites ont trop longtemps dansé sur un volcan. Certains hommes politiques se sont préoccupés de durer le plus longtemps possible aux affaires, au détriment du bien commun, tandis que d’autres se sont acharnés à les faire glisser comme si le pouvoir était un gigantesque mât de cocagne planté au cœur du Champ-de-Mars. Quant aux puissances d’argent , elles se sont contentées d’une économie de rente incapable de produire de la richesse pour l’ensemble d’une nation. La révolution de la croissance souhaitée par plus d’un demeure un vœu pieux !

Le résultat est une misère noire qui allume les feux de la violence indiscriminée aux quatre coins du pays. Des manifestations qui s’apparentent à de véritables émeutes de la faim, des concerts de protestation contre la vie chère, et surtout le rejet d’un système calamiteux qui affame, tue et condamne à l’exil des centaines de milliers de jeunes. En raison de notre politique néfaste qui ne date pas d’hier, nous sommes devenus les « migrants nus » de la Caraïbe. Et plus les équipes au pouvoir changent plus c’est la continuité assurée d’un système séculaire qui a l’habilité maléfique de se reproduire
Le pays s’est arrêté de fonctionner. La faillite des institutions a atteint un point de non-retour et une obscure noirceur s’est faite maîtresse de nos nuits. Des nuits voraces saccadées par le claquement meurtrier des fusils et l’agonie de personnes innocentes, comme ces étudiants victimes, l’autre soir, de bavures policières, ils ont eu la malchance d’avoir été pris pour ce qu’ils ne sont pas : des bandits en fuite.

Il y a aussi des policiers qui se tuent, au sens propre, à la tâche. Mais certains d’entre eux confient sous le couvert de l’anonymat n’avoir jamais eu à faire face à une si nombreuse artillerie et à des bandits aussi rompus aux tactiques de guerre asymétrique. Nos quartiers deviennent des foyers de conflits armés et la balkanisation de nos centres urbains en zones réservées contrôlées par de jeunes caïds a déjà commencé.

Ce sont toutes ces anomalies et ces injustices économiques et sociales cumulées comme autant de tonnes de TNT qui explosent aujourd’hui à la face d’une société atterrée. Cette fois encore toute recette traditionnelle à la sauce politicienne, ou tour de passe-passe tiré de nos vieux grimoires historiques ne pourront que nous voiler la face jusqu’à la prochaine explosion. Les Haïtiens en ont soupé, des solutions à l’emporte-pièce qui aggravent davantage le mal qu’elles ne le guérissent. On s’attend à la manifestation du leadership des groupes organisés qui doivent impérativement se positionner sur l’avenir d’Haïti après un week-end de tous les dangers.
Il est venu le temps de poser les vrais problèmes et de guider l’insurrection citoyenne sur les chemins balisés du vrai changement et non sur des sentiers scabreux des récupérations opportunistes. Le soulèvement populaire contre un ordre inique doit échapper aux sirènes de l’anarchie et aux mains velues de chefs de bande autoproclamés « révolutionnaires ». La colère populaire est un tigre qui peut dévorer ceux qui maladroitement tentent de le chevaucher.

Depuis la tentative de dialogue commencé par le Premier ministre Céant et dont le président a semblé publiquement prendre ses distances, le pouvoir exécutif a encore une fois porté un coup à sa propre crédibilité. Les dernières mesures prises par le chef de l’État pour tenter de juguler la crise sont comparables à vouloir tirer du jus d’une orange déjà pressée et dont il ne reste plus de liquide.

Quoi qu’il en soit, l’impossible dialogue ou conférence nationale devra un jour ou l’autre se tenir. Car le jeu force à couper dans le sens d’une solution durable. Aujourd’hui, les rois sont nus et s’accusent mutuellement, via les réseaux sociaux, alertés par ce vaste front du refus anti-corruption. Il n’y a que la raison et des leaderships responsables qui peuvent nous tirer de cette catastrophe économique et politique. Quant à la Communauté internationale, elle se contente de rappeler ses positions de principe. Dans les chancelleries de la région, Caracas et Port-au-Prince apparaissent désormais comme des dossiers complexes et prioritaires. L’un pouvant influencer l’autre.

Roody Edmé



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