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Réinventer le dialogue !

Réinventer le dialogue !








Le Président a parlé enfin ! Il a affiché une fermeté dans le ton et a voulu paraître présidentiel et aux commandes. Il a, à un certain moment, capitalisé sur les erreurs de ses adversaires en stigmatisant la parade ubuesque d’un groupe armé dans les rues de la ville. Les feux de la colère qui ont dévoré les entrailles de la capitale et de certaines de nos villes de province étaient pourtant depuis longtemps prévisibles. Mais la fascination du pouvoir, l’hypnose des privilèges ont fatalement aveuglé nos dirigeants.

Le discours présidentiel a omis de parler économie. Or, la faim taraude des millions de ses compatriotes. Il n’a pas ouvert une fenêtre sur les opportunités d’avenir pour des jeunes dont les horizons sont bouchés jusqu’à l’asphyxie. Le Président a affirmé avec force qu’il ne laisserait pas le pays se balkaniser aux mains du grand banditisme. Oui, mais sa seule présence, même constitutionnelle, au pouvoir, n’est pas un rempart contre les dérives de toutes sortes auxquelles nous assistons. La population aux abois attend des mesures concrètes.

Samedi soir, le Premier ministre Jean-Henry Céant s’est adressé à la population. Là encore, il s’est glissé une erreur de casting. Le discours annoncé pour huit heures du soir a été reporté à une heure plus tard, puis diffusé aux environs de 10 h. Entre-temps, la version finale du texte était largement distribuée sur les réseaux sociaux. Tout cela « dévitalisait » la prise de parole de l’homme d’État et réduisait les effets d’annonce. Toutefois, le discours était acceptable dans la forme et le fond. Les engagements pris pour la tenue d’un procès Petrocaribe, la lutte contre la corruption et la décision de réduire le train de vie d’une partie de l’État, en attendant que la Présidence et le Parlement se mettent aussi au régime des sacrifices, ont eu l’écoute attentive du public.

Il faut donc que la parole du couple mal aimé se fasse chair, il est tellement tard à l’horloge du temps politique. Le Président dirige presque par défaut. Sa mésentente publique avec son Premier ministre est une pointe acérée au talon de son régime. Les querelles de cabinet, la bataille des ego entre les « héritiers » et ceux qui estiment avoir désormais des droits en vertu de l’article 149-1 de la Constitution provoquent un certain émoi dans l’opinion publique. Tout se passe comme si nous étions en haute altitude dans une zone de turbulence et qu’une sale dispute avait éclaté entre le pilote et le copilote.

Il ne nous reste que le pilotage automatique, entre-temps des apprentis pilotes se bousculent au portillon pour prendre les commandes sans feuille de route clairement établie.

L’opposition politique toutes tendances confondues est pleine de « munitions » pour le combat politique. Le bilan de l’actuelle administration est attaquable sur tous les angles.

Toutefois, l’opposition devrait faire preuve de responsabilité dans sa lutte pour des « lendemains meilleurs ». La stratégie de la terre brûlée qui voit partir en fumée nos maigres investissements peut rendre « Pi ta Pi tris ». Tout triomphe sur un territoire en ruines ne peut qu’être qu’une victoire à la Pyrrhus !

Nous avons besoin de plus en plus de femmes et d’hommes d’État, capables de valoriser le bien commun, respectueux de l’éthique et de la vie humaine. La crédibilité de nos femmes et hommes politiques passera par leur intelligence tactique à mener un combat épuisant dans un pays précaire.

Il faudra repenser Haïti. Faire le bilan désastreux qui remonte à l’érosion sûre et lente de notre économie. Depuis la destruction du cheptel porcin qui a fragilisé l’économie paysanne, la politique ultralibérale des années quatre-vingt sans filet de protection pour notre production nationale, en passant par le corset inutile des accords de Paris dans les années quatre-vingt-dix imposé par le FMI.


Beaucoup d’observateurs croient qu’il faudra prendre au mot le Premier ministre. D’autres craignent que le dialogue ne soit une arnaque de plus. Le mot a été si galvaudé qu’il sert de repoussoir.

L’indice de perception des élites est si nul qu’il faudra beaucoup travailler pour rétablir la confiance.

Il nous semble cependant qu’il faut donner un contenu à ce dialogue pour qu’il ne soit pas biaisé et enfin le rendre possible.

Même après de longues luttes révolutionnaires, le dialogue a fini par s’imposer en Indochine, au Salvador et ailleurs. Si nous pouvions sans malice et calculs politiciens nous engager sur cette voie, nous ferions l’économie de millions de victimes. Mais ceci reste un énorme défi tant le déficit de confiance est colossal.

Roody Edmé



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