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Sautons par-dessus notre ombre !

Sautons par-dessus notre ombre !








Le mot dialogue sonne de plus en plus creux. Gouvernement et opposition campent - faut-il s’en étonner ! - sur des positions diamétralement opposées avant toute entame d’éventuelles négociations. Le gouvernement n’a cessé de multiplier les commissions autour de la question. Le manque de cohérence et l’absence de suivi de ses différentes initiatives sautent aux yeux et ils sont critiqués au sein même de ses partisans. L’opposition ne renonce pas au projet de déchoir le président Moïse de son poste de premier mandataire de la nation. Elle mise sur deux choses de taille : la chute vertigineuse de l’estime du pouvoir dans l’opinion et l’effet psychologique d’une situation économique où tous les indicateurs sont au rouge.

Les États-Unis tentent de leur côté d’influencer les parties suivant la logique formelle que toute solution doit se trouver dans le cadre strict de la Constitution haïtienne. Toute situation d’exception en Haïti les mettrait encore plus en difficulté sur le dossier vénézuélien. Notre pays se retrouve donc au centre de grandes manoeuvres politiques au niveau régional et international. L’administration du président Trump se trouve forcée de d’envisager des solutions dans une sous-région jusqu’ici peu prioritaire du point de vue géopolitique. Toutefois, les crises humanitaires qui découlent de la situation en Haïti et au Venezuela menacent déjà de mettre d’insoutenables pressions sur les frontières américaines. La récente décision de prolonger la résidence temporaire pour les réfugiés d’Amérique centrale n’est pas étrangère aux soubresauts qui agitent la région.

L’entrée des États-Unis dans le dossier des négociations inter-haïtiennes ne garantit nullement la possibilité de discussions ouvertes entre les parties. Loin s’en faut ! Que l’on se souvienne des échecs de la diplomatie de la navette des Caputo et Pezzulo durant la crise du coup d’État en septembre 91 contre l’ancien président Aristide. Le marronnage haïtien a eu raison, à l’époque, de toute la science diplomatique des chancelleries occidentales. Entretemps, un embargo économique destiné à punir les militaires putschistes, mordait à pleines dents dans la chair d’une économie exsangue. Les parties haïtiennes ont mis trois ans pour s’entendre, avec malheureusement à la clé, un débarquement spectaculaire de troupes américaines.

Tout ceci pour dire que le dialogue est un impératif catégorique, quels que soient les sentiments nourris vis-à-vis de l’adversaire. Beaucoup d’observateurs, excédés par la situation, croient que seule une bonne révolution pourrait briser le cercle vicieux dans lequel nous tournons. Sauf que nous vivons d’autres temps, et que toute épreuve armée verrait la victoire de bandes armées dirigées par des caciques de quartiers. Il ne manque pas de scénarios cauchemars de guerres civiles non révolutionnaires, ruineuses et interminables : la Somalie, le sud Soudan, le sud de la Libye.

Et puis, un départ sans négociation d’un président se retourne toujours contre la société civile. La chute du président Aristide s’est terminée dans un bain de sang et un soulèvement de groupes armés dans les quartiers populaires. Chaque fois qu’un gouvernement part sans un accord, il y a toujours le risque qu’un an plus tard ses partisans frustrés utilisent les mêmes recettes de déstabilisation. On sait que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Il n’est pas sûr que la situation économique se rétablira avant quelques années, il y aura donc toujours moyen d’agiter les mêmes groupes de commandos taillables et monnayables à merci.

En dehors de l’improbable dialogue entre politiciens chevillés à leurs intérêts, il est venu le temps de discussions et d’actions entre les secteurs organisés de la société civile autour de l’avenir d’Haïti, à court, moyen et long terme. Des organisations paysannes réunies à Jacmel, à l’occasion du premier anniversaire du décès de l’agronome Gérald Mathurin, ont lancé l’idée d’un dialogue pour l’unité des forces de progrès.

Au-delà des notes de presse, et des plaintes médiatisées, la troisième voie dont parlait un homme d’affaires doit se dessiner aussi dans la société civile. Nous avons besoin de deux ou trois offres politiques consistantes éloignées des sentiers battus de la politique traditionnelle.

Roody Edmé



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