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Règlement de comptes au Bord de mer

Règlement de comptes au Bord de mer








Vendredi 15 mars 2019, peur sur la ville. Des riverains de Martissant sont réveillés par le claquement continu des fusils et de mystérieuses détonations. Des enseignants habitant de l’autre côté de la ligne rouge la voix tremblante appellent des responsables d’écoles pour s’excuser de leur absence forcée. Impossible de franchir le théâtre des opérations armées. Des écoliers apeurés tentent de s’abriter autant qu’ils le peuvent derrière des murs de fortune. Désorientés, des chauffeurs de camionnettes foncent sur la route à tombeau ouvert. Les rumeurs d’un probable affrontement entre gangs armés, suite à l’assassinat de l’administrateur de la section communale de Grand Ravine achèvent de paralyser pour quelques heures ce poumon de la zone commerciale.

Ce jeune fonctionnaire tué d’une balle à la tête, a été pris sous le feu d’une bande armée qui tentait de récupérer un des leurs amené au Parquet de la capitale pour être interrogé. La vigilance et le sens du devoir des policiers ont empêché le succès de l’opération, selon l’Agence en ligne Haïti Libre. Toujours est-il que depuis quelque temps le Parquet de Port-au-Prince est sous la pression constante de bandes armées qui défient ouvertement et impunément l’appareil judiciaire. Ce sont des actions à ne pas prendre à la légère, dans la mesure où des pans entiers du bord de mer sont sous une « juridiction » établie par des seigneurs de la guérilla urbaine.

Comment les parquetiers et autres juges pourront-ils travailler en toute sérénité, s’ils se sentent otages des groupes rivaux opérant au bas de la ville ? De plus en plus la souveraineté de l’État se réduit à une portion congrue. Le Parlement est tout aussi à portée de tirs de ces individus, et l’immeuble abritant les deux Chambres a déjà essuyé, par certaines nuits agitées des volées de chevrotines.

Si on suit le bord de mer en allant vers le nord, la situation est tout aussi troublante. Des confrères nous signalent que l’unique hôpital public de gynécologie et obstétrique est régulièrement visité par des hommes armés. Les médecins et infirmières avouent qu’ils ont le sentiment d’opérer en zone de guerre.

La réponse du pouvoir a été la création d’une Commission pour le désarmement. Quels moyens aura cette Commission pour convaincre et surtout persuader ces gangs puissants de déposer les armes ? La première Commission sous le gouvernement Préval avait le support de certains « militants » repentis et l’appui technique, financier et militaire de la MINUSTAH.

Le pouvoir dispose peut-être de cartes qui nous sont inconnues. Il n’est que d’attendre. Cependant, ces nouveaux caïds qui règnent sans partage sur nos archipels de misère ont amassé un capital de pouvoir et une capacité de nuisance tel qu’on doute qu’à l’approche d’éventuelles échéances électorales, ils abandonnent de bon gré leurs « outils » de travail.

Mais ces préoccupations qui sont celles du citoyen lambda risquent fort de passer au second plan cette semaine. En effet, des convocations en cascade du Premier ministre Jean-Henry Céant de la part des deux Chambres du Parlement augurent de grandes manoeuvres politiciennes. Alors qu’il est en voyage jusqu’au 20 mars, le chef de la Primature est interpellé le 18 mars par la Chambre des députés. Une interpellation d’autant plus soudaine, que depuis deux mois il n’y a pas eu de séance plénière, même pour débattre de cette convocation. Notons qu’une convocation pour le 20 mars restait pendante au Sénat de la République.

Suite à la décision de la Chambre des députés de fixer sa convocation au lundi 18 mars. Le Président du Sénat a lancé une nouvelle convocation pour le 18 mars entre minuit et 9 heures du matin. Cette bataille de calendrier quelque peu ubuesque ne rassure nullement la société sur le sens des responsabilités des pères conscrits.

Quoi qu’il en soit, la semaine risque d’être encore chaude au Bord de mer, non pas seulement à cause des règlements de comptes entre gangs rivaux, mais aussi en raison des joutes verbales entre factions opposées au sein du Parlement. Toute chose qui les éloigne encore plus de nos souffrances quotidiennes et des revendications d’un peuple aux abois.

Aux dernières nouvelles. Le Premier ministre Céant a été démis de ses fonctions par la Chambre des députés. Il s’agit bel et bien du dernier épisode d’une lutte sans merci au sommet du pouvoir.

L’arme fatale de l’interpellation a remplacé depuis quelques années, le fusil du temps des baïonnettes.

Roody Edmé



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