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Le pari risqué !

Le pari risqué !








La question à un million de dollars est la suivante : à quel jeu se livrent les députés ? Avec le vote sur l’ajustement du salaire minimum, par stratégie politique ou par pure démagogie, les députés ont ajouté une nouvelle patate chaude aux multiples dossiers déjà trop sensibles et fragiles pour lesquels le pouvoir semble ne pas disposer de réponses. À trop vouloir redorer leur blason trop longtemps décrié, les élus du peuple ont, à travers le vote sur le salaire minimum, introduit un élément majeur qui pourrait constituer une véritable épine aux pieds des gouvernants en ces temps de grands bouleversements politiques.

Tenant compte de la course effrénée de l’inflation atteignant aujourd’hui la barre des 17 % et la dépréciation accélérée de la gourde par rapport au dollar américain qui ont négativement répercuté sur le coût de la vie, il ne fait aucun doute que le salaire minimum devrait être revu à la hausse. D’ailleurs, la loi du 10 septembre 2009 en son article 4 fait obligation au Conseil supérieur des salaires de se réunir trois mois avant la fin de chaque exercice fiscal afin de réviser, s’il y a lieu, le salaire minimum en fonction des indices macroéconomiques.

En effet, le vote des députés a créé un certain émoi au niveau du patronat qui voit en ce vote un bonbon empoisonné à l’intention du secteur privé des affaires. L’Association des industriels d’Haïti (ADIH), au cas où les sénateurs adopteraient dans les mêmes termes que les députés la loi sur le salaire minimum, prévoit déjà des licenciements massifs et parle même d’une probable disparition du secteur de la sous-traitance employant près de 60 000 personnes.

Même si ce refrain du patronat n’est pas nouveau, il convient toutefois d’admettre que les députés semblent avoir trop précipité dans leur démarche, aussi bonnes soient leurs intentions. Quels mécanismes ont été utilisés par les députés pour fixer le salaire ? Les secteurs concernés ont-ils été invités à débattre sur la question avant le vote ? Quid du Conseil supérieur des salaires ?

La question de salaire étant transversale, toutes les considérations devraient être prises en compte pour garder un certain équilibre sur le marché de l’emploi. À ce stade, des échanges entre les acteurs et les législateurs n’auraient pas été vains avant ce vote au cours duquel les députés ont fixé une nouvelle grille de salaire qui impose au segment B tourné vers la production nationale une augmentation de 66 % (passant de 400 à 600 gourdes) et au segment F du secteur export et des zones franches, une augmentation de 79 % (passant de 420 à750 gourdes).

Bref. Si le vote du salaire minimum pouvait bien profiter aux députés qui cherchent à se faire une nouvelle santé politique en cette année électorale et au pouvoir en apaisant les tensions dans cette conjoncture délétère, il pouvait aussi bien constituer une entrave à ce même pouvoir qui devra faire face aux pressions du patronat et à la fureur des ouvriers au moment opportun. C’est donc un pari risqué dont les conséquences ne sont pas d’effets immédiats.

En cas d’entérinement dans les mêmes termes au Sénat, la balle sera transférée à la Présidence qui aura 8 jours comme délai légal pour produire des objections. Sinon, il devra promulguer et publier cette loi telle que votée par le Parlement, car tout acte législatif est exécutoire.

Et, l’ADIH parait bien maitriser l’enjeu en appelant le Sénat de la République à emprunter la voie contraire aux députés, en consultant le Conseil supérieur des salaires ainsi que tous les secteurs concernés par les questions relatives aux salaires.

En cette période de marasme économique, cet ajustement salarial proposé par les députés doit être apprécié à sa juste valeur, au-delà de toutes considérations, pour les ouvriers qui n’ont de cesse de réclamer mille gourdes comme salaire minimum. Il ne faut pas toutefois tirer la corde d’un seul côté. Les parlementaires doivent aussi proposer et voter des lois susceptibles d’encourager la production nationale garante de la création d’emploi.

Noclès Débréus



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