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N’ayons pas peur du changement !

N’ayons pas peur du changement !








Notre Constitution a trente-deux ans. C’est une occasion de revenir sur le parcours chaotique d’une démocratie haïtienne défigurée par des événements les uns les plus dramatiques que les autres. Le 29 mars 1987, les Haïtiens disaient un oui massif à une nouvelle loi mère qui devait lancer les grands chantiers de l’État de droit. Je me souviens de ces colonnes de femmes et d’hommes habillés de blanc moutonnant, comme dirait le poète, à travers nos rues. Je me rappelle l’euphorie au micro du journaliste, militant de longue date pour la démocratie, Jean L. Dominique, célébrant avec son lyrisme shakespearien ce jour faste.

Il faut dire que le document avait de l’allure. Dans son préambule, la loi fondamentale affirmait à l’encre forte les ambitions d’une nation régénérée : « Pour constituer une nation haïtienne socialement juste, économiquement libre et politiquement indépendante… pour implanter la démocratie qui implique le pluralisme idéologique et l’alternance politique. Pour fortifier l’unité nationale en éliminant toutes discriminations entre les populations des villes et des campagnes, par l’acceptation de la communauté des langues et de culture et par la reconnaissance du droit au progrès… la séparation harmonieuse des pouvoirs de l’État ». Trois décennies plus tard, nous sommes à des années-lumière de ces objectifs.

La fracture sociale s’est creusée encore plus. Les luttes pour le pouvoir ont atteint des sommets hallucinants plongeant le pays dans une instabilité chronique. La principale force militaire du pays reconnue par la Constitution s’est transformée en une armée d’opérette et un ferment de discorde, jusqu’à sa disparition sous le gouvernement du président Aristide. Elle connaît depuis une timide renaissance et cherche encore sa voie.

Depuis 1987, les institutions démocratiques n’ont jamais pu vraiment s’établir, voire se renforcer. Il y a eu certes le Parlement qui s’est signalé ces dernières années par sa toute-puissance. Les citoyens en sont aujourd’hui à se demander, si en blindant les privilèges des parlementaires comme un paratonnerre contre les foudres d’une dictature présidentialiste, la Constitution de 1987 n’avait pas créé un « monstre froid ». Trop souvent, certains des scandales qui accablent notre jeune démocratie partent de ce haut lieu de nos institutions. Le Parlement usant ou abusant de ses prérogatives dégaine à qui mieux mieux l’arme fatale de l’interpellation au gré des intérêts du moment.

Quant à nos différents chefs d’État, ils ont été pris, tout au cours de leurs mandats interrompus ou achevés dans une bataille politicienne pour se maintenir au pouvoir et/ou dans des compromis douteux avec des groupuscules populistes taillables et convertissables à merci. Ces « bases » alimentées par des puissances d’argent peuvent aisément se retourner contre les chefs ou les pouvoirs qui les ont soutenues et alimentées au gré du vent politique. Toute chose qui a façonné le monde politique haïtien en un espace hostile où ne survivent que les grands fauves. Le système judiciaire n’est pas en reste. Il est devenu un des plus grands défis de notre nation. Aujourd’hui la question n’est plus de savoir si nos tribunaux subissent une quelconque influence de l’Exécutif ou du Législatif, il s’agit plutôt de se demander comment nos dispensateurs de justice utilisent les pouvoirs dont ils sont dépositaires et qui leur sont conférés, en toute indépendance, par la Constitution et les lois de la République. Les drames fonciers que nous vivons au quotidien, les bandits arrêtés par la police et qui se retrouvent dans nos rues, sans autre forme de procès, sont assez révélateurs d’un dysfonctionnement structurel. Une justice malade et au plus offrant dénonçait un jour le bâtonnier de Port-au-Prince.

Depuis trente-deux ans que la Constitution est instrumentalisée au gré des intérêts dominants. Il est venu le temps de la dépoussiérer ou de la changer pour un meilleur équilibre entre les pouvoirs, l’élimination de certains irritants, en particulier cette difficile cohabitation entre les deux chefs du pouvoir exécutif.

Après trois décennies d’une longue, douloureuse et épuisante transition, une nouvelle République s’impose à nous. Elle semble en train de se dessiner avec le projet de la Commission Tardieu pour les amendements constitutionnels, la montée d’une catégorie de jeunes demandant des comptes aux dirigeants d’hier et d’aujourd’hui, d’un peuple de plus en plus revendicatif. Il est à souhaiter que ces mouvements de remise en cause du système débouchent à terme sur l’émergence de leaderships patriotiques ayant le sens de l’éthique et avant tout respectueux de la loi mère.

Roody Edmé



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