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Les résignés des Caraïbes ?

Les résignés des Caraïbes ?








Les scènes les plus tristes de la vie du peuple haïtien ne sont pas les images de barricades enflammées. Ce ne sont pas non plus celles de victimes de catastrophes naturelles qui tentent de se relever. Ces derniers temps, Haïti est le théâtre d’un des spectacles les plus désolants qu’une jeunesse puisse offrir, la résignation. Il n’y a pas pire qu’un pays avec des citoyens qui, ne connaissant pas leurs droits, tentent les accommodations les plus indécentes face à l’inacceptable.

La notion même de citoyenneté implique une connaissance des principes qui régissent le fonctionnement de la chose publique. Les limites des droits et devoirs, la vigilance face aux pouvoirs publics et l’expression de la souveraineté populaire - même dans ses formes extrêmes - sont des repères d’un système où dirigeants et dirigés interagissent selon des normes préétablies. Une bonne partie des Haïtiens semblent avoir cessé d’être des citoyens pour devenir des résignés qui, afin d’éviter de questionner la responsabilité de l’État dans leurs désenchantements, s’en prennent les uns aux autres ou se donnent la mort tout simplement.

Les longues files de jeunes gens portant pendant plusieurs jours des récipients jaunes aux abords des stations-service et les heurts qui éclatent entre eux révèlent qu’une certaine conscience dort profondément. Au bout de près d’une semaine sans carburant, des centaines de personnes sont massées sous les pompes à essence comme des sinistrés assoiffés. Trop en colère, elles ne prennent pas le temps de se demander comment elles sont tombées aussi bas.

S’ensuivent les bousculades, les engueulades dans le transport public, des business parallèles, les arrangements circonstanciels ici et là... Toute une créativité nait soudainement de cette crise pour que chaque individu puisse continuer à s’occuper de ses petites affaires. Hélas ! Le réflexe qui pousse les citoyens pénalisés par la mauvaise gouvernance à protester contre l’inacceptable est absent. Et les autorités, n’étant pas interpellées, peuvent continuer leurs manoeuvres obscures. L’intérêt général n’existe pas.

Un fait encore récent, le naufrage au large des iles Turcs and Caicos d’une embarcation transportant des migrants illégaux haïtiens, renseigne aussi sur les stratégies extrêmes employées par ceux à qui l’absence de leadership a ôté tout espoir. Embrasser la mort n’a pas effrayé ces gens qui en ont marre de vivre l’enfer. Preuve qu’ils n’ont jamais existé aux yeux des dirigeants, même leurs dépouilles sont méprisées. Les naufragés n’ont pas eu droit à un mot de sympathie du chef de l’État qui s’attriste pourtant devant chaque accident d’autocar au Canada et chaque fusillade aux États-Unis.

Il faut qu’on arrive à le faire comprendre un jour. Le sauvetage individuel n’est pas une option citoyenne. Il ne procure que des satisfactions partielles et provisoires. L’engagement qui donnera lieu à des initiatives pour le changement viendra forcément d’une prise de conscience collective. Les frustrations et les déceptions des uns et des autres ne changeront rien tant qu’elles ne sont pas fédérées en faveur de l’intérêt général. Comment la nation qui a inventé la liberté peut-elle se réduire à des résignés ?

Kendi Zidor



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