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Quelle guérilla ?

Quelle guérilla ?








Le laisser-aller en matière de sécurité publique représente l’un des témoignages les plus parlants de l’effondrement de l’État au cours des dernières années. Les événements qui se produisent dans la capitale et qui s’étendent à des villes de province – guerres entre gangs, vols, pillages spectaculaires, et massacres impunis — révèlent que l’autorité publique est réduite à néant. Pour excuser leur irresponsabilité et leur honteuse déraison, des tenants du pouvoir tentent de faire croire que les menaces sont plus compliquées qu’elles ne le paraissent.

En dépit d’être nouveau à son poste qu’il occupe jusqu’ici de manière provisoire, c’est le Premier ministre Jean Michel Lapin qui vient éclairer l’opinion publique sur la nature de l’insécurité qui paralyse les activités dans une bonne partie de Port-au-Prince. « Nous commençons à comprendre […] que nous faisons face à une guérilla », a-t-il déclaré le mardi 16 avril 2019 dans l’enceinte du Parlement. De cet endroit, il pouvait entendre les bruits des balles qui font fuir les habitants de La Saline pour se réfugier sur la place d’Italie. M. Lapin a annoncé, sans donner de précision sur cette guérilla, des dispositions urgentes de la part du Conseil supérieur de la police nationale.

La différence entre des gangs à la recherche de gains économiques et une guérilla n’est pourtant pas ambiguë. Car, une guérilla poursuit forcément des objectifs politiques clairs. L’exemple le plus récent, en Amérique latine, celui de la Colombie l’illustre bien. La guérilla des FARC était une véritable organisation politique et son orientation après l’accord de paix le prouve. Dans l’histoire d’Haïti, la guérilla des Cacos menée par Charlemagne Péralte menait une bataille de résistance contre l’occupation américaine de 1915 sur la base d’une provision idéologique. Certes, le laxisme des autorités actuelles transforme les hors-la-loi en des vedettes et les amène à poser des actes qui défient les institutions, mais on ne saurait affirmer qu’ils revendiquent une cause politique.

Naturellement, quand une autorité de la trempe d’un Premier ministre parle, il faut regarder plus loin que la valeur de vérité du discours. Il y a aussi les conséquences qu’il veut provoquer. Sur les plans politique et géopolitique, cette déclaration pourrait avoir des implications sérieuses. Elle fait penser au discours du président Jovenel Moise qui, pour ignorer les revendications populaires du mouvement du 7 février 2019, a laissé entendre que son administration était menacée par des narcotrafiquants. Quand ils sont embarrassés devant leur propre incurie et leur mépris face aux citoyens, les dirigeants font croire à une menace à l’ordre républicain. S’il est vrai qu’un tel message constitue une alerte aux yeux de la communauté internationale et des plus proches voisins d’Haïti en particulier, il n’excusera toutefois pas le silence et l’amnésie des pouvoirs publics face aux massacres, viols et vols commis par les gangs.

Le tweet de Jovenel Moise, dans la soirée du 16 avril, affirmant avoir passé des instructions formelles à des hautes autorités en vue de prendre des mesures urgentes pour contrer les bandits qui menacent la sécurité publique, ne semble pas arranger les choses. Cette déclaration révèle un écart au fonctionnement normal des institutions, à savoir : l’intervention des forces de l’ordre et de la justice serait conditionnée à des consignes du Palais national. Et, même si on devait admettre cette anomalie, il faudrait se demander pourquoi le chef de l’État a dû attendre qu’il y ait tant de personnes massacrées, de femmes violées, de marchandises pillées et de marchés incendiés avant de réagir. Les habitants de La Saline, de Tokyo et de quartiers avoisinants, qui ne dorment que d’un oeil, croisent les doigts, attendant de voir l’accomplissement de cette énième promesse du président de la République.

Kendi Zidor



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