S'identifier Contact Avis
 
29.44° C
  à Port-au-Prince
Radio Pacific 101.5 fm - En direct
Le Journal Dernière heure Actualité Édito Tribune Société Économie Culture Diaspora Sport rpacific101.5 FM  
× Immobilier Appartements Maisons Locaux commercial Locaux pour Bureau Terrains Véhicules Voitures Camions Tout Terrains Minibus Motos Divers Animaux Articles ménagers Ordinateurs et pièces Équipement électronique Équipement industriel Équipement lourd Diverses études Légal Bijoux et montres Smartphone et tablettes Vêtements Jeux video
Le temps haïtien ou la santé du malheur !

Le temps haïtien ou la santé du malheur !








La Police nationale a débuté avec le déploiement de ses meilleures unités dans les quartiers à risques de la capitale. On apprenait en effet, la semaine dernière, que le Conseil supérieur de la Police nationale s’était réuni sous la direction du président de la République, et que des dispositions rigoureuses auraient été adoptées pour maîtriser l’insécurité. Toujours est-il que l’opinion publique attend impatiemment de voir les effets de cette nouvelle mobilisation des forces de police. Nos journalistes ont pu les voir à pied d’œuvre dans certaines rues de Port-au-Prince. Et, les réseaux sociaux ont relayé des scènes d’affrontements entre forces de l’ordre et bandits lourdement armés dans l’Artibonite. Ces bandes s’enhardissent, n’hésitant pas à s’attaquer directement à des commissariats à travers des offensives combinées. La bande à Arnel a apporté un appui logistique à des bandits de Petite-Rivière de l’Artibonite dans une violente attaque visant un poste de Police. Il s’agit, sans nul doute, d’une démonstration de la puissance de feu de ces cellules armées qui ont commencé leur maillage du territoire.

On peut s’interroger sur le temps pris par nos dirigeants pour mettre les forces de police en ordre de bataille. À moins qu’il s’agisse d’une stratégie de l’usure consistant à laisser s’exterminer entre eux les bandits. La guerre des gangs aurait dans la tête de certains de nos stratèges la « vertu » létale d’affaiblir les bandes armées. Ce serait dans ce cas ne pas tenir compte du lourd bilan que génèrent ces affrontements dans la population civile.

Quoi qu’il en soit, la mobilisation policière, bien que nécessaire, n’est guère suffisante. Le Mexique qui dispose de troupes de marines et d’infanteries hyper entrainées n’a pas fini de s’embourber dans une guerre sans merci contre les narcos trafiquants. Il faut donc plus que de « l’artillerie lourde » pour répéter après le chef de la Police nationale pour lutter contre ce nouveau défi que pose l’insécurité. Le phénomène prend l’allure d’une « épidémie » qui se répand sur tout le territoire. On nous signale que sur certaines de nos routes nationales, des chauffeurs sont obligés de payer « un droit de passage ». Les bénéficiaires ne sont pas des agents du fond d’entretien routier, mais des hommes armés qui versent les sommes récoltées dans les caisses noires de l’insécurité.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Des années de dysfonctionnement du système judiciaire ont fini par ériger l’impunité comme une norme. Les nombreuses enquêtes sans suite ont envoyé aux barons de la violence un message d’encouragement. Les luttes sans grandeur pour le pouvoir ont aussi fait le lit de groupes de partageux qui, sous couvert de militance, rançonnent tous les secteurs de la vie nationale.

L’Exécutif a récemment offert le spectacle d’une guerre de tranchées entre la Primature et la Présidence, alors que les uns et les autres entonnaient le chant patriotique du dialogue national. Le Parlement, lui aussi laminé par des divisions internes, ne tient séance que lors des grandes manœuvres politiciennes. Face à un tel tableau institutionnel, et ce sentiment flou de désordre généralisé, des « milices » illégales tentent de contrôler nos maigres secteurs de production, et finissent de facto par prendre les rênes d’un pouvoir qui a longtemps déserté les différents sièges du gouvernement.

L’opinion publique observe avec angoisse, l’incapacité de l’État à garantir la sécurité des vies et des biens. On a entendu sur les réseaux sociaux des bandes à pied (rara) se moquer dans leurs chansons de l’impuissance apparente des forces de l’ordre. Or, la vertu politique s’identifie à la capacité d’agir. Si la politique se définit surtout, au regard de Machiavel, comme l’art de conserver le pouvoir, c’est aussi parce qu’elle devient ainsi la condition d’une certaine stabilité, qui préserve la cité de la décadence, du désordre et de la dissolution.

Pour le moment, les différents pouvoirs se livrent de nouveau à leur rituel habituel pour mettre en place un nouveau gouvernement. Le temps ici n’a pas de sens. Il est un tourbillon qui enivre nos politiques qui continuent, inconséquents, à danser sur un volcan. Malgré les crises, le pays vit sous une sorte de chrysalide entretenue par des mains velues. Le temps politique haïtien est figé dans le malheur.

Roody Edmé



Articles connexes


Afficher plus [884]