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Gangs et sécurité nationale

Gangs et sécurité nationale








Il aurait fallu de la hauteur, beaucoup de sens de l’intérêt national, une profonde compréhension du fait sociologique haïtien pour ne pas prendre la décision de dissoudre les Forces armées d’Haïti avec, comme conséquence prévisible, de laisser de vastes étendues du territoire national sans surveillance, à la merci de n’importe quel aventurier au service forcément d’une cause suspecte. Il était aussi politiquement correct de sortir la grande batterie d’avertissements et de protestations chaque fois qu’on soupçonnait le désir chez un pouvoir de remettre sur pied un service de renseignements.

Mais la vérité est qu’aucun État ne peut fonctionner sans un service de sécurité efficace, la pierre angulaire du service de sécurité étant le renseignement qui permet de prévoir et donc d’agir avant que la menace ne se concrétise. Chez nous, nous avons vécu le drame d’un secteur politique formé d’une grande majorité d’incapables, pour ne pas dire d’ignorants, qui nous ont conduits à ce carrefour dangereux où nous sommes.

On croyait profiter du vide sécuritaire créé par la dissolution des Forces armées pour monter des forces de frappe dans les quartiers populaires. Des gens ayant mal lu des théoriciens de la révolution. Ils n’ont pas gardé le pouvoir, mais ils nous ont laissé une plaie. Une plaie que d’autres après eux, au lieu de panser, ont préféré choyer, augmenter comme si la corruption, la sauvegarde des privilèges passait par la persistance de cette profonde blessure dans notre corps social.

Des organisations populaires aux gangs, les faiseurs de pouvoir ont vu ici une occasion peut-être de renouer avec les tontons-macoutes d’une manière qui les protégeait. On ne peut pas vraiment prouver que l’État fabrique et entretient les gangs. La responsabilité est totalement diluée. Et, comme il y a toujours plein d’aspirants-chefs de gang, il est facile de se débarrasser de celui devenu gênant pour le remplacer par un autre. Le sale boulot peut être toujours fait. On peut bien soupçonner les mains au sein des pouvoirs d’État, mais avec la peur, la corruption, il est difficile de mener une quelconque action contre cette dérive dangereuse.

Pourtant la cohabitation entre pouvoir et gang s’est déjà révélée désastreuse. Le pouvoir d’Aristide en a fait les frais en 2002-2003 avec par exemple l’Armée cannibale aux Gonaïves. Préval avait failli se retrouver aussi en mauvaise posture. Le pouvoir actuel est gêné aux entournures avec les multiples révélations sur les liens de parlementaires, de ministères, avec des gangs dans différentes zones du pays. Quand on est forcé de se débarrasser d’un chef de gang devenu trop encombrant — c’est vrai qu’il y a des soldats qui rêvent toujours de le remplacer —, il y en a d’autres aussi qui comprennent le jeu. Pendant combien de temps les impératifs du ventre vont-ils faire oublier à ces jeunes qu’ils ne sont qu’une espèce de chair à canon pour politiciens et hommes d’affaires véreux ripaillant sur le dos de la nation ?

Dimanche soir, entre 20 h 30 et 21 h, tout Carrefour-Feuilles a battu les ténèbres. Un vacarme infernal pour protester contre la tuerie de l’impasse Eddy. Battre les ténèbres, c’est aussi chasser les démons. On les fait fuir avec le bruit. C’est aussi une malédiction qu’on lance à celui qui a violé des normes pourtant très permissives. Mardi matin, peu après minuit, des milliers d’habitants du quartier festoyaient en apprenant la mort du chef de gang de Savane Pistache.

Peut-être dans quelques louches officines, on pense déjà à son remplaçant. Quelqu’un de plus malléable, moins fou, qui comprendrait surtout qu’il n’est qu’un pion. Un commandeur. De Carrefour-Feuilles à Dacayette, c’est une zone de forte population. Il faut penser aux élections. Entretenir des conditions pour une participation minimum permettant ainsi au parti au pouvoir de faire main basse sur les bureaux de vote.

Il est trop tôt pour croire que la paix, ici, est revenue.

Gary Victor



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