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Halte-là !

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Croire que l’horreur que vivent les Haïtiens, ces derniers temps, était concevable par l’esprit humain relèverait du surréalisme. Il demeure, en revanche, difficile de trouver les arguments pour soutenir que c’est un malheur tombé sur la société par le plus grand des hasards. La déchéance morale qui rend méconnaissable l’Haïtien d’aujourd’hui résulte d’un processus auquel divers acteurs ont contribué pendant qu’ils croyaient faire le ridicule. Malheureusement, l’escalade ne semble pas s’arrêter.

Au cas où certains ne l’auraient pas remarqué, Haïti a basculé depuis un certain temps dans un abîme. Dans ce fond putride et obscur où les repères disparaissent, on ne parvient pas à discerner le beau de l’abject. La permissivité instaurée par des anarchistes amène les communautés à un déni de conscience au point que les auteurs de tueries, de viols et de pillages deviennent des superhéros qu’on se plait à honorer.

Dans la soirée du 1er mai 2019, une foule réunie au parc Sainte-Thérèse de Pétion-Ville à l’occasion d’un match de football a été encouragée par un chroniqueur sportif très connu de la place à crier le nom d’un chef de gang que la Police n’a toujours pas capturé. Même à plusieurs centaines de mètres de distance, on pouvait entendre les vivats. Comme c’était le nouveau bienfaiteur de la nation, ce hors-la-loi a été acclamé par des jeunes, qui probablement se cherchent encore des modèles. Un camouflet à l’ordre républicain et à la morale publique ! Qu’avez-vous contre Haïti, Messieurs ?

La récolte tient la promesse des fleurs. Car, il y a toute une succession de faits qui peuvent témoigner de cette déliquescence qui s’accomplit progressivement. En attendant que les sociologues et criminologues traitent la question avec précision, on a en mémoire quelques faits assez évocateurs.

Le débit d’obscénités à la radio et l’invasion des pouvoirs publics par des pourfendeurs des bonnes mœurs annonçaient déjà une redoutable zone de turbulence. Ensuite, les parades d’un parlementaire exhibant des armes de guerre tout en faisant l’apologie des « manches », sans être réprimandé par aucune instance judiciaire ou morale, confortaient des jeunes de milieux criminogènes dans leurs pulsions agressives. Preuve que l’imaginaire collectif a acquiescé une nouvelle cohorte d’hommes issus de la famille des « bandits légaux » sont arrivés au pouvoir.

On ne pouvait pas se douter de la gravité des conséquences de cette trame dont la description reste, malgré tout, incomplète. Alors que des mafias étrangères ont fait une conquête réussie du terrain d’Haïti, le trafic d’armes s’intensifie, les gangs se multiplient et les massacres s’enchainent. Il ne manquait plus qu’à instaurer une culture du gangstérisme. Ce à quoi certains journalistes s’emploient actuellement avec enthousiasme en appelant dans leurs émissions des hors-la-loi qu’ils saluent et interrogent avec déférence.

Le pays avance vers un danger qu’on ne sait même pas nommer. Quand des hommes politiques reconnaissent leurs connexions avec des gangs et essaient tout de même de se justifier, la nécessité d’un vrai ménage dans l’espace public s’affirme. Les petites victoires de la Police dans sa croisade contre les gangs ne résoudront pas le problème tant que les élites ne se seront pas saisies de leur éthique perdue. Dans le cas où des forces silencieuses hésiteraient toujours à faire signe de vie, qu’elles se dressent pour faire arrêter l’escalade.

Kendi Zidor



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