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Le piège vénézuélien

Le piège vénézuélien








La situation a failli basculer la semaine dernière au Venezuela. Cinq mois après que le pays soit entré dans une violente crise insurrectionnelle, on a cru, le 30 avril dernier, atteindre le point de non-retour. Tout semblait avoir été mis en place pour un départ forcé du président Nicolas Maduro. Jusqu’ici, l’homme fort de Caracas répondait du tac au tac aux rassemblements de l’opposition. Il était parvenu à mobiliser des foules aussi compactes que celles qui descendaient dans les rues de Caracas, à l’initiative du président autoproclamé, Juan Guaido. Le Chavisme rongé par l’arrivisme et la corruption de certains caciques locaux a quand même conservé de beaux restes.

De nombreuses personnes qui avaient bénéficié des largesses du régime chaviste, au temps béni de la manne pétrolière, se souviennent que le gouvernement avait tiré de la pauvreté des centaines de milliers de gens. Le pays disposait d’un soft Power qui lui permettait d’influencer la politique d’autres États en Amérique du Sud. La révolution bolivarienne pilotait une initiative économique régionale qui devait donner le change aux accords commerciaux de libre échange induits par la puissance américaine.

Entretemps, les cours du pétrole se sont effondrés. Les apparatchiks en poste à Caracas se sont contentés de renforcer leur mainmise sur les centres de pouvoir et de richesses et n’ont pas été capables de répondre à la crise d’une ampleur sans précédent. Il faut dire que le vieux monde constitué des classes traditionnelles et conservatrices a tout fait pour saborder l’avènement du monde nouveau prôné par l’idéologie bolivarienne. La violence et la misère ont achevé d’enlaidir un régime qui se voulait l’incarnation d’une nouvelle solidarité latino-américaine. Les lourdes sanctions américaines complètent un tableau socio-économique des plus catastrophiques.

Mais, comment donc, en dépit de ces nuages sombres et épais, Maduro tient encore fermement la rampe d’un pouvoir cataclysmique ? Nous avons déjà mentionné les cellules chavistes encore actives et fidèles, mais il y a surtout l’Armée et ses généraux chamarrés et chevillés aux intérêts immenses qu’ils détiennent. Et, c’est justement cette armée que les États-Unis et l’opposition cherchent à retourner. Selon le Wall Street Journal, des pourparlers secrets se sont tenus entre le président autoproclamé, Juan Guaido, et certains cercles militaires. Il était question qu’un coup d’État se produise la veille du 1er mai. Certains généraux avaient donné leur accord pour que suite à une décision de l’Assemblée nationale, contrôlée par l’opposition déclarant inconstitutionnel le président Maduro, l’armée intervienne pour l’écarter du pouvoir. Ce serait alors une sorte de « correction démocratique », pour reprendre un terme utilisé en Haïti, lors du putsch militaire de 1991.

Ce qui aurait tout fait foirer, ce serait l’apparition d’un deuxième homme, ce 30 avril aux côtés de Juan Guaido : M. Leopoldo Lopez, un farouche opposant au régime. Un véritable croisé de l’anti-chavisme qui effraie ceux qui seraient tentés de franchir le rubicond en trahissant Maduro. Leopoldo Lopez, ainsi que Maria Corina Machado font tous deux partie de la nébuleuse aux intentions floues sur le plan idéologique et dont le seul projet est de renverser l’actuel pouvoir à Caracas. Or de même qu’un coup d’État ne génère pas forcément la démocratie, il ne peut non plus se réaliser sans l’accord de groupes dominants ayant à coeur de conserver leurs privilèges.

Au sein de l’opposition cimentée par les circonstances, ces leaders incarnent l’aile la plus radicale et la plus dépourvue de base sociale. Un regroupement politique qui ne jure que par l’éradication pure et simple des chavistes. Ils se sont d’ailleurs fortement opposés à d’autres leaders centristes favorables à une entente avec ces derniers. Toujours est-il que l’Armée encore une fois est restée dans sa grande majorité dans ses casernes. Quelques militaires qui s’étaient montrés au grand jour le 30 avril en compagnie de Juan Guaido ont gagné les ambassades. Les États- Unis quant à eux manient en direction des militaires vénézuéliens, la carotte et le bâton, la négociation et l’intervention militaire.

Nul doute que cette opération militaire se terminera par une victoire des forces américaines, comme jadis à Bagdad. Cependant, ce sont les conséquences politiques pour toute la région qui sont moins prévisibles. Que deviendront les milliers de chavistes qui risquent de se fondre dans le maquis vénézuélien ? Nous sommes loin de la fin de l’histoire.

Roody Edmé



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