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L’intense fragilité

L’intense fragilité








Chacun de nous connaît au moins un enfant qui n’a que l’avenir comme bien et qui le souhaite radieux pourvu qu’il grandisse bien en s’armant d’outils qui lui permettront de surmonter ses peurs. Et, cet enfant ne demande qu’à trouver la bonne béquille sur laquelle s’appuyer pour maitriser les fondements du bien et du mal et apprendre à vivre avec des principes et des valeurs qui doivent guider ses actions futures. Grandir, c’est en quelque sorte se former pour agir dans le futur.

Ainsi, le regard inquiet de chaque enfant aurait dû être, pour les ainés, une exigence de repenser ses responsabilités, un appel à donner l’exemple pour que le rêve perdure et se transforme en lendemains meilleurs. Mais, les tourmentes de la réalité haïtienne et particulièrement de la conjoncture ont décidé autrement. Le désir d’avenir, absolument légitime, s’est transformé en des peurs denses, indéfinies et extrêmes.

Le problème vient du fait que même la fragilité du pays est devenue irascible et systémique, il n’a jamais été évident pour nous d’en tirer des leçons et de produire des contrecoups. Ils ne sont pas nombreux, en vérité, les pays à avoir exposé l’avenir à plus dure hypothèque.

Aujourd’hui, nous sommes en passe de devenir des phobophobes, c’est à dire des grands malades qui ont peur d’avoir peur. Il pleut depuis hier soir, au-delà de la dispersion comique – un cran au-dessus de l’adjectif irresponsable -, des détritus dans les courants drainés par les caniveaux, il n’est pas exclu que des glissements de terrain à Carrefour-Feuilles fassent plus de morts que la dernière expédition punitive du défunt Ti Je. Cet enfant qu’on connaît commence à refuser la réalité pour ne pas avoir peur.

C’est un peu le discours à la mode chez les gardiens d’un temple qui se désintègre pierre après pierre. Les gestionnaires et supporters du « bon bò a » du « kite peyi a mache », sans pouvoir prouver le contraire ou même le proposer, sont unanimes à dénoncer les aigris qui exagèrent tout en exposant la dignité haïtienne à la risée de l’international.

Et, voici le temps du patriotisme de base, de l’éloge de la défaite, de l’exigence de la complicité imposée par les fausses informations. Quitte à ce que « les médias traditionnels » se répètent, imposent un refrain, la fragilité du pays génère de temps en temps, et trop souvent, des situations catastrophiques. La mort stupide n’est plus une métaphore en Haïti. La route tue, blesse et est régulièrement bloquée. Les hôpitaux sont démunis. Les gangs ne pardonnent pas. La Police est abonnée aux bavures et même les sénateurs ont compris qu’ils risquent le lynchage.

Et, voilà que la pluie, sans être exceptionnelle, fait peur !

Cette fragilité nous empêche de voir la réalité. Pourtant nous avons un pays à bien habiter. Et, ce pays est en panne de croissance et ne s’inquiète guère de la montée des inégalités.

Jean-Euphèle Milcé



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