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Le drapeau et nos cent discordes

Le drapeau et nos cent discordes








Le ciel bas et lourd a pesé comme un couvercle sur la capitale ce samedi 18 mai. Quelques heures plus tard, des trombes d’eau se déversèrent sur la ville, comme si le firmament ouvrait toutes ses vannes pour laver nos rues des souillures accumulées par la négligence ou l’impuissance crasse de nos édiles.

En dépit des efforts réels de certaines municipalités de la zone métropolitaine, le défi des détritus reste entier. Mais l’actualité de ce 18 mai, c’était la commémoration de la Fête du drapeau dans la ville historique de l’Arcahaie. Dans la plupart de nos villes, les Haïtiens arborèrent pour l’occasion, fièrement leur drapeau en fanion ou planté dans la chevelure des femmes. Le Bicolore flottait ainsi dans l’air comme pour nous rappeler que notre peuple refuse, malgré tout d’abdiquer le droit inaliénable pour son pays de figurer dignement dans le concert des nations.

La veille à l’hôtel Marriott de Turgeau, à l’occasion d’une matinée d’hommage consacrée à des enseignants, des chorales de jeunes entonnèrent avec fougue des hymnes patriotiques et des appels solennels aux leaders d’Haïti pour arrêter la descente aux enfers de leur mère patrie.

Les mauvaises nouvelles s’accumulent : la santé de l’économie est on ne peut plus alarmante, la gourde ne finit de plier face au dieu vert américain. Les gangs forts de l’appui des puissances d’argent et de politiciens cyniques entendent faire triompher la mort. Pouvoir et opposition se livrent une horrible guerre des tranchées au milieu des ruines d’une nation aux abois qui attend encore de se reconstruire depuis l’apocalypse du 12 janvier. Le romancier et essayiste Frédéric Marcelin, écrivait déjà depuis son exil parisien, en juillet 1902 : « la représaille, la féroce représaille a couvert ainsi d’un voile hideux toutes les pages de notre vie nationale. Elle disparaîtra avec une politique de justice et de concorde réellement pratiquée. Il n’y a pas à énoncer cette politique-là. C’est inutile puisque chacun le fait entrer dans son programme. Il faudrait tant soit peu, la mettre en action pour essayer. »

Nos politiques sont de plus en plus coupés des réalités que vivent les Haïtiens. Ils prétendent pourtant le contraire à chaque discours officiel, à longueur d’interventions radiophoniques, quand ce ne sont pas dans des séquences de close-combat dignes des compétitions d’ultimate fighting. Tout se fait au nom du peuple !

Il s’agit comme dans une partie d’escrime sans honneur de faire rendre gorge à l’adversaire, sans aucune règle que celle de défendre les intérêts de son propre clan. Le dialogue est devenu un cercle vicieux, ici tout est perverti, et comme l’affirmait un jour, un poète, il faudrait mettre un pseudo devant tous les mots du lexique politique.

Le président se persuade chaque jour qu’il est l’élu du peuple. Le mal-aimé d’un système qui n’est pas fait pour les fils de paysan comme lui. Il a sûrement raison sur un point, mais la force du système depuis des siècles, c’est de pouvoir se servir de tout individu noir ou mulâtre, militaire ou civil, populiste de gauche ou de droite à des fins ultimes de reproduction du même schéma d’exclusion.

Ce 18 mai, le recteur de l’Université d’État Fritz Deshommes a invité l’ensemble des élites à un examen de conscience. Il s’est posé la question du véritable sens de célébrer le drapeau, pendant que nous ne cessons de le souiller en posant des actes répréhensibles et irresponsables. La parole du recteur a un écho particulier au moment où notre université se livre à une sérieuse remise en question dans le cadre des assises les plus symboliques de son histoire.

Toutefois, la vedette de la journée du 18mai a été la mairesse de l’Arcahaie, Rosemila Petit-frère Sainvil. L’édile de la cité du Drapeau a posé un diagnostic sans appel de la société haïtienne. Un discours digne de figurer dans la Convention d’un grand parti politique tant par sa fermeté et sa lucidité. Son intervention fera beaucoup parler d’elle dans les prochains mois, cette dame au tempérament bouillant a évité à la cérémonie de verser dans un rituel vide de sens.

Cependant, il reste à nos élus de se libérer des rets du traditionnel discours de charme pour passer aux actes. Ne faudrait-il pas pour cela de la volonté politique et patriotique pour enfanter de cette « autre Haïti » que nous proclamons possible dans tous nos discours ? Ou à défaut, l’émergence de nouveaux leaderships à même de transformer nos tristes réalités ? Toujours est-il que ceci est une urgence nationale.

Roody Edmé



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