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Ras-le-bol

Ras-le-bol








L’insécurité frappe aveuglément sur l’ensemble du territoire. À côté du crime organisé, devenu une grande industrie souterraine, qui étend ses tentacules partout dans le public comme dans le privé ; on constate l’émergence dans la cité de toute une pléiade de jeunes criminels « d’occasion ».

Il suffit, en effet, de se procurer d’une arme pour se mettre à son propre compte, et il n’y a plus qu’à attendre patiemment la sortie d’un client des banques. Le criminel d’occasion peut aussi travailler pour des groupes organisés auprès desquels il sous-traite son triste travail. Il existe donc un marché de la criminalité, avec des franchises et des contrats à durée déterminée.

Cette situation est encouragée par la faiblesse des réponses étatiques face à un phénomène qui prend de plus en plus une ampleur inquiétante. Les défaillances institutionnelles sont telles que les criminels s’attaquent directement aux forces de l’ordre, les transformant en une cible permanente. On ne perçoit aucune action d’envergure des forces de sécurité acculées à dénombrer, chaque jour des victimes dans leurs rangs. Il faut dire que la police seule sans encadrement adéquat, insuffisamment équipée, ne peut pas faire face à une situation aussi complexe. La froide collaboration qui persiste entre le commandement de la Police et les autorités étatiques est un élément non négligeable du drame social que nous vivons au quotidien.

Le chef de la Police est en fin de mandat et nul ne sait s’il sera renouvelé ou remplacé. Son bilan demeure très mitigé. Mais, en est-il l’unique responsable ? On se souvient de son « turbulent » silence devant les parlementaires lors de plusieurs séances où il a fallu évoquer des secrets d’État en rapport à la sécurité publique. Tout se passe comme s’il se savait pris dans d’innombrables filets tissés par des mains puissantes. Son éventuel successeur fera-t-il mieux ? Dans quel état se trouve le moral des troupes ?

Il n’est pas facile le métier de patron des forces de l’ordre dans un pays aussi polarisé, où les forces de sécurité sont courtisées par des puissances d’argent. Elles doivent en permanence résister aux tentatives de « privatisation » de la part de secteurs politiques. Le crime organisé fort de ses appuis politiques a sur la PNH une longueur d’avance. Il dispose d’informations en prime et des antennes y compris dans les commissariats et il est, de surcroît, d’une mobilité étonnante. Ces derniers jours, des correspondants régionaux ont affirmé qu’un chef de gang réputé distribuait des kits alimentaires à une population réunie dans un lieu public.

Si cette information n’est pas hyperbolique, elle soulève bien des questions. Distribuer des « kits » réclame une préparation, une logistique : il faut recevoir les produits, les empaqueter, les transporter avant de procéder à leur distribution. Toute chose qui demande une organisation et une sophistication qui n’est pas à la portée d’un bandit en cavale. Ici au National, nous n’avons pas les réponses : nous faisons notre devoir de poser certaines questions qui nous paraissent pertinentes.

En attendant, la vigilance est de mise. Les services de renseignement viennent de dépister cinq « agents doubles » qui se sont infiltrés au sein de la PNH pour « protéger et servir » la population. Ces individus essayaient d’intégrer les forces de sécurité. Combien sont passés dans les mailles du vetting ? On ne le sait pas encore. Quoi qu’il en soit, la Police a fait un bon coup en dépistant ces hommes connus pour leurs forfaits et qui seraient liés à des gangs opérant dans la ceinture périurbaine de Port-au-Prince.

La Commission de désarmement gouvernementale a fait un premier travail de diagnostic, en relevant une sorte de carte de l’insécurité et en quantifiant les groupes armés opérationnels. On concédera que c’est un premier pas pour le travail technique à faire sur le terrain. Il y aurait aussi des pourparlers entamés avec certains de ces groupes. La négociation cependant ne doit en aucun cas paralyser les opérations de police. Sinon, ces discussions ne feront que renforcer les criminels qui profiteraient d’une sorte de trêve de facto pour se renforcer.

Quant à la société civile qui constate chaque jour la dégradation de son mode de vie, elle n’entend pas rester les bras croisés. Aux Gonaïves, à Léogâne, la foule a gagné les rues en signe de protestation contre le climat d’insécurité. Les étudiants de la faculté des Sciences et de l’Université Quisqueya ont embouché les trompettes de la mobilisation pour exprimer leur ras-le-bol et continuer, malgré les menées antisociales des forces de l’ombre, à rêver d’un pays. D’un vrai, à la hauteur des aspirations patriotiques de tout un peuple.

Roody Edmé



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