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Les moissonneurs d’espérance

Les moissonneurs d’espérance








Il est un fait indéniable que le système économique et politique mis à nu dans le rapport de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif possède une étonnante capacité de se reproduire à travers le temps. Il se nourrit de notre déficit de citoyenneté, de la crise des valeurs morales et éthiques qui accablent depuis trop longtemps la société haïtienne.

Il est toujours bon de remonter dans l’histoire pour comprendre que cette manière de gérer l’État et de considérer la chose publique s’est lentement, mais sûrement, inoculée dans les veines de nos dirigeants depuis la fondation de notre nation. Dans un texte publié en 1813, Demesvar Delorme écrivait déjà non sans amertume : « l’Indépendance n’avait pas seulement pour but, pour les citoyens de ce pays, de se gouverner par leurs propres lois ; mais aussi de créer sur cette terre prodigue une civilisation fertilisée et ennoblie par la liberté ». Mais, de l’idéal aux faits, il existe un abîme de circonstances défavorables, fruits du travail de sape de nos gouvernants. La gestion calamiteuse du pouvoir et la mise en place d’une redoutable machine étatique bonne à fabriquer l’exclusion ont achevé de noyer dans les eaux glacées de l’égoïsme, et des privilèges claniques, le rêve de grandeur des forgeurs de cette nation. Deux ans après notre glorieuse lutte de libération, les hostilités pour le pouvoir ont assombri le parcours héroïque de deux de nos plus grands généraux Henri Christophe et Alexandre Pétion.

Delorme dans ses réflexions diverses sur Haïti constatait à propos du régime de Jean Pierre Boyer : « Cette présidence du général Boyer, qui a duré un quart de siècle, a été exempte de guerre civile : chose inouïe dans l’Amérique du Sud ; chose rare, dans les temps où nous sommes… Mais, le président Boyer, possédé par la crainte des insurrections, effrayé des manifestations de l’esprit d’opposition qui se faisait jour à la tribune et dans la presse n’eut plus qu’un but, qu’une idée fixe : empêcher les commotions, assurer l’ordre matériel et se maintenir au pouvoir. » Boyer mit donc de côté sa tâche d’administrer, et ne s’occupa que de la Police.

Les hommes de 1843 qui renversèrent le régime de Boyer au nom des « lumières et de la civilisation », qui ont vigoureusement combattu ce qu’ils appelèrent son obscurantisme ont fait comme disent certains historiens « du boyérisme sans Boyer ». Ils crurent selon Delorme avoir régénéré ce pays en coordonnant laborieusement les dispositions nouvelles de la charte de 1843. « Les déclarations de principes ne suffisent pas, il faut l’application » relève l’auteur des Théoriciens au pouvoir. La Constitution fut rapidement mise de côté, elle fut remplacée par celle de 1846, puis vint la charte de 1848 qui institua une monarchie, suite à de sanglants évènements.

L’empereur Faustin Soulouque tout comme plus tard le président François Duvalier ont exercé sur le pays un pouvoir d’airain, ils ont maté avec la dernière rigueur les tentatives de soulèvement. Ces gouvernements avaient toute la puissance et l’autorité nécessaire pour entreprendre des réformes fondamentales. Les deux ont affiché un nationalisme pur et dur, mais au bout du compte, ce ne furent que terreur et illusions de progrès qui marquèrent au fer rouge la chair et l’esprit des Haïtiens.

Aujourd’hui, la déliquescence s’est accentuée, le peuple haïtien a payé un prix fort pour obtenir la liberté d’expression et d’association. Face à un État dont la marque de fabrique n’a pas changé, sinon en pire, il continue sa longue lutte pour la dignité et contre toutes les formes d’indigence.

Dimanche 9 juin, ils étaient des dizaines de milliers à crier leur rejet de la corruption. Une mobilisation qui a débuté en octobre dernier et qui se poursuit sans désemparer. En ce sens, les jeunes petrochallengers toutes tendances confondues sont les nouveaux moissonneurs de l’avenir. Il leur faut cependant tirer les leçons de l’Histoire à savoir : qu’une hirondelle ne fait pas le printemps, que ceux qui ont maintenu ce pays dans les fers du désespoir ont le don de se métamorphoser, le temps de combines politiques, en force de changement. C’est une posture que nous avons observée tant de fois dans notre histoire. Le message du peuple d’Haïti est clair et doit être entendu de toutes les élites politiques et économiques : il est venu le temps de divorcer avec les pratiques prédatrices génératrices de misère.

De nombreux secteurs clés de la vie nationale, des églises au secteur privé, en passant par des organisations syndicales et féministes, se positionnent dans des déclarations officielles pour un changement de paradigmes. Cela demandera de l’unité dans la contradiction, une vision claire des obstacles séculaires, et une marche ordonnée vers des objectifs communs.

C’est un impératif catégorique de combler le vide actuel, propice à toutes les dérives.

Roody Edmé



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