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La leçon des autres !

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Brésil, Haïti. Deux pays aux prises avec la contestation sociale et la corruption, mais, c’est dans le traitement appliqué à ces deux systèmes malades que se situe la différence.

Au Brésil, la mobilisation a repris. Des protestations ont éclaté un peu partout. Le régime de Bolsanero qui était parti, vent debout, contre la corruption, s’est révélé tout aussi atteint par le mal qu’il prétendait combattre. Certaines autorités au pouvoir à Brasilia, ont voulu appliquer une politique deux poids, deux mesures : il s’agissait de combattre la « corruption » de gauche. Une fois, la droite dure au pouvoir, celle qui rassure les classes moyennes et garantit les droits des nantis aux commandes, le système peut reprendre ses passe-droits et ses trafics d’influence.

Michel Temer, ex-chef d’État qui avait œuvré à la chute de Dilma Roussef au nom de la lutte contre la corruption fait aujourd’hui de la prison. L’arroseur arrosé murmurait-on à l’époque dans les milieux de gauche au Brésil. Toutefois, sa chute et son arrestation tout en mettant en exergue la ruine d’un système politique ont quand même montré la vitalité d’une justice qui avance, comme on dit, les yeux bandés. La célèbre opération Lava Jato (lavage express) est une blanchisseuse qui ne regarde pas la qualité ou l’origine du tissu. Si le parti de Lula a bien été pris dans les serres de la corruption, cette dernière a aussi nourri d’autres partis qui s’étaient coalisés contre Lula et Roussef au nom de la transparence.

Il existe dans ce type de système un logiciel infaillible, si efficace que de nouveaux opérateurs n’ont qu’à faire des mises à jour et à copier-coller certaines méthodes. Michel Temer désormais incarcéré est visé par pas moins de dix enquêtes. On ne saurait donc accuser de sélectivité une justice brésilienne qui semble ne pas s’en prendre qu’au Parti des Travailleurs de Lula et Roussef. Le méga-scandale politico-financier a secoué la société brésilienne et même au-delà.

C’est dans ce contexte qu’est arrivé Jair Bolsonero dans son costume de croisé et de purificateur. Tout dans son programme politique transpire les valeurs ultraconservatrices. Justement, son projet politique d’une intolérance crasse avait l’éclat saumâtre d’une pureté trop douteuse, pour ne pas s’en purger. Ce croisé post-moderne, parangon de « vertu » troublant qui fait l’apologie des valeurs militaristes et machistes, se retrouve aujourd’hui rattrapé par les vieux démons d’un système que la majorité des Brésiliens rejettent. Toute chose qui explique les grèves et les marches de protestation contre un pouvoir élu pour corriger les défauts du précédent.

Chez nous, la mobilisation ne faiblit pas. Il n’y a pas eu besoin lundi dernier de verser de l’huile sur la chaussée pour que la grève soit respectée. Cependant, on a constaté depuis la semaine dernière un durcissement des méthodes qui ne se basent plus sur l’adhésion volontaire et spontanée. Les appels à la violence se multiplient sur les réseaux sociaux. Des voix ivres de violence appellent à l’assassinat des agents de la Police nationale qui tenteraient de rétablir l’ordre dans les rues. La tentation armée refait surface. Et, vu le nombre d’armes qui circulent, c’est joué avec des allumettes dans une poudrière.

Chaque fois que les armes ont remplacé les mobilisations pacifiques, on est toujours tombé dans les extrêmes. Le printemps arabe a tourné au cauchemar, parce qu’à un certain moment, des ultras ayant pour eux la force des armes ont écarté les mouvements de jeunes pro-démocratie (ti moun pa bwè likè) pour faire le jeu de puissances régionales.

Les nouvelles brigades motorisées et masquées qui font le tour de notre capitale en imposent par leur mobilité et leur habilité à projeter du feu. Tout ce que nous essayons de dire, c’est qu’il ne faudrait pas que des oiseaux de feu chassent les fragiles hirondelles du renouveau démocratique haïtien.

La confusion ne peut que profiter à ceux qui ne veulent pas le changement. La violence, tous azimuts, et la peur sont les armes favorites des forces du statu quo, indépendamment des couleurs politiques. Au « National » nous n’avons de cesse d’appeler nos élites dirigeantes à se mettre enfin à l’écoute de ce peuple fatigué du système « néo patrimonial », et de cette jeunesse qui, flamberge au vent, monte à l’assaut des contreforts de la corruption.

Il faut à tout prix rebattre les cartes et éviter à la nation le chaos social engendré par un désordre institutionnel qui a trop duré. Notre pays a besoin d’un large mouvement pacifique, guidé par un leadership éclairé et patriotique, loin du cliquetis des armes et de l’embrasement généralisé et suicidaire. Les grandes peurs ont toujours pavé la voie au totalitarisme.

Roody Edmé



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