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La faillite continue

La faillite continue








Les futurs dirigeants du pays sont malheureusement ceux pour qui l’expérience de la stabilité institutionnelle représente une réalité purement exotique. Les jeunes leaders qui devraient maintenant se préparer à investir la scène politique n’ont vu, de leur existence, que les déboires d’une démocratie naissante. Est-il donc cohérent d’espérer l’avènement d’un leadership éclairé malgré la contamination de la conception idéelle de la politique ?

Haïti aura connu des années 90 à 2020 pas moins de 7 missions onusiennes avec des mandats aussi justifiables qu’inopportuns. Les résultats en termes de renforcement institutionnel sont loin de correspondre aux attentes de la société. Mais quelque part, la machine à crises, commandée par on ne sait qui, n’a pas cessé de favoriser l’adoption de résolutions sur mesure par le conseil de sécurité des Nations unies. Les mauvaises langues vont jusqu’à sous-entendre l’existence d’un business rentable.

Les missions de l’OEA, authentiques ou clandestines, sont depuis environ deux décennies, elles aussi, un élément incontournable du décor. Car, quand les positions se révèlent inconciliables entre les nationaux, l’organisation hémisphérique se donne le droit d’intervenir pour dicter ses leçons. L’autodétermination, ce principe fondateur de la nation haïtienne, a été maintes fois piétiné sous les yeux d’une génération appelée à prendre le relais de la classe politique improvisatrice et corrompue.

Les questionnements courants formulés autour de l’avenir du pays épousent de plus en plus les contours d’un messianisme déplacé. Sans froisser ceux qui s’autorisent à confondre la religion et la politique, il y a de fortes chances que « le leader » doté de la formule salvatrice soit encore coincé dans son monde fictif. En effet, l’exercice de l’autorité publique reste un mystère que les élites haïtiennes n’auraient toujours pas percé. D’où les difficultés à lancer un mouvement politique guidé par les idées de bonne gouvernance et de justice sociale.

Que peut-on espérer d’une génération d’hommes et de femmes politiques qui n’a vu que des élections truquées, des manifestations violentes et des coups bas de toutes sortes ? Les optimistes croient que tout n’est pas forcément perdu et que les idées novatrices viendront des réformes opérées chez nos voisins des Caraïbes et de l’Amérique latine et de la clairvoyance qui a animé les combats pour le respect des droits de la personne au cours des siècles précédents.

Mais les ratés que connait la lutte actuelle contre le règne des médiocres et des corrompus en Haïti ne sont pas de bon augure. Le combat contre la corruption favorisé par le scandale Petrocaribe devrait amener à un renouveau dans la gouvernance du pays. Elle risque, par contre, d’être classée parmi les rares initiatives porteuses d’espoir qui finissent par se heurter contre le redoutable mur de l’indigence idéologique.

L’organisation d’élections crédibles est aujourd’hui encore un défi à relever par les Haïtiens au point que la prochaine mission des Nations Unies, le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), devra s’en occuper. Le pays s’enfonce de plus en plus dans la précarité institutionnelle pendant que ses élites continuent à se désengager. Quelqu’un a eu raison de dire qu’il n’y a pas de génération spontanée. La construction de la nouvelle Haïti va commencer par la construction d’une conscience citoyenne, prémisse de la création d’une classe politique responsable. Le discours ronflant sur la souveraineté nationale restera, d’ici là, des agitations stériles.

Kendi Zidor



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