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L’expérience de l’insécurité

L’expérience de l’insécurité



Avec pudeur, les Haïtiens, du moins ceux qui ont le droit à la parole audible, ont toujours parlé d’un sentiment d’insécurité qui prévaut dans le pays comme pour atténuer le poids des cadavres et pour garder la face vis-à-vis des autres. Combien de fois, des personnes concernées comme un secrétaire d’État à la Sécurité publique, un chef de la Police, un responsable politique poussé au pied du mur ont-elles sorti l’inusable concept de « sentiment d’insécurité » pour justifier le mal ?

Les fusillades de ce week-end à Los Pasos et dans l’Ohio aux États-Unis ont apporté de l’eau au moulin qu’il faut banaliser en Haïti, les actes isolés de jeunes qui ont grandi dans un environnement traversé par la violence, les conditions de vie précaires et la démission des familles. Comme s’il fallait se réjouir de ne pas avoir affaire en Haïti à des jeunes suprématistes haineux, mais plutôt à de misérables paumés, victimes des ghettos, qui font plus de peur et plus de bruit que de mal.

Non, il ne s’agit pas simplement d’un sentiment d’insécurité que les citoyens expriment pour dire du mal du pays ou pour faire du tort aux dirigeants. Nous vivons, en Haïti, une expérience polyforme et pernicieuse de l’insécurité.

Il ne s’agit pas non plus d’un déni des conditions de la vulnérabilité qui peuvent affecter l’équilibre mental d’un groupe social. Car, contrairement au sentiment d’insécurité, l’expérience de l’insécurité se traduit par l’intensité des preuves matérielles, car elle laisse des traces. Trop de fois douloureuses. Nous tremblons tous devant le recours trop facile à la criminalité de sang. Le jeudi 1er août, le jeune citoyen Peterson Paul est enlevé, humilié en présence de sa femme. Son corps sans vie a été retrouvé à Grand-Ravine quelques heures plus tard. Deux jours avant, une infirmière a été abattue dans la même zone. Peut-être qu’il n’y aura jamais une démarche de la justice, une enquête de Police pour faire semblant de traquer les criminels et, par ricochet, convaincre les familles éplorées de la possibilité de croire dans une protection de l’État. Pendant cette même période, les accidents de la circulation répertoriés, évidement pour des raisons ahurissantes de négligence, ont fait plusieurs morts et des dizaines de blessés. Ces faits sont imprimés sur un fond de dégradation écologique chronique, de l’inefficacité des structures sanitaires, des inégalités sociales, du règne arrogant de l’impunité et de la constance des manœuvres de captation de toutes les ressources du pays par un petit groupe.

Ce n’est nullement étonnant qu’Haïti occupe la 182e place sur les 190 pays notés dans le dernier rapport Doing Business.

Il ne reste plus rien à nier. Le pays fait l’expérience de l’insécurité.

Jean-Euphèle Milcé




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