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Une impuissance morbide !

Une impuissance morbide !








Il y a tant à faire en Haïti que l'on ne s'explique plus la mortelle indifférence de nos dirigeants. Avec une politique digne de ce nom, il y aurait tant de travaux à accomplir qu'on atteindrait assurément le plein-emploi pendant des décennies. Le pays est neuf et de surcroît le peu qu'on avait construit, a été détruit soit par nos laissés-pour-compte désespérés, soit par la nature tout aussi rebelle. Malgré tout, ceux qui président aux destinées de la nation se croisent les bras comme si de rien n'était. Et pour expliquer leur impuissance – leur incompétence ? -, certains responsables n'hésitent pas à se poser en victimes d'un « système » intouchable qui les empêcherait d'agir. Ainsi on a un prétexte en or pour rester les bras croisés sans rien faire et bien entendu sans non plus renoncer – et c'est là que le bât blesse - aux privilèges liés à leur fonction non accomplie.

Les éditorialistes ne savent plus quoi commenter, tant la fascination du vide est forte chez nos dirigeants et hommes politiques. Chaque jour, l'actualité s'englue dans le formol de politiques répétitives et néfastes. On semble vouloir s'attaquer à tout, sauf aux problèmes.

Il n'y a que l'insécurité qui tienne le haut du pavé. Les bandits rivalisent d'ingéniosité dans le crime. Certains politiques quand ils veulent faire le « Point » dans les médias, ne font qu'accentuer la confusion. Une véritable tour de Babel s'ajoute à la dramaturgie médiatique et la belle indifférence des autorités.

Nos « chefs » ont en charge un pays qui se débat dans une misère crasse, une population aux abois qui attend des solutions innovantes et des compromis historiques à la hauteur de son destin de grandeur. En lieu et place de ce sursaut patriotique et civique, on assiste à des scènes ubuesques au Parlement, des calculs à courte vue au niveau de l'exécutif et une opposition en panne d'idées qui veut essayer les mêmes recettes du passé. En effet, il s'agit, pour elle, d'arriver au renversement d'un pouvoir inefficace pour le remplacer par un autre qui risque cent jours après, de connaître le même sort.

À ces défis pour le moment insolubles viennent s'y ajouter d'autres : la facture pétrolière, la multiplication des gangs, le positionnement des Américains dans la crise haïtienne, la fatigue d'une population condamnée à la survie, l'agressivité des requins de la finance. Autant d’éléments à prendre en compte dans le changement qui doit coûte que coûte se produire, si nous voulons exister comme pays.

Une amie française rencontrée à l'étranger m'a posé la question si Port-au-Prince était toujours aussi sale. Voilà le genre de questions embarrassantes auxquelles il faut tout le temps répondre quand on est en dehors du pays. Les nouvelles d'Haïti tournent autour des « exploits » des gangs, des turpitudes de jeunes migrants désespérés, de fermetures d'entreprises, de la disparition progressive d’un tourisme embryonnaire et de politiques se prêtant à un théâtre de mauvais goût. Chaque semaine amène son lot de victimes parmi les gens du peuple et une nouvelle « brute » sortie tout droit d'un mauvais western fait parler de lui dans les talk-shows. La réincarnation de la bête à sept têtes. Simplement parce que la matrice qui l’a engendrée est toujours féconde.

Il faut donc que les choses changent ! Il faut que l'on commence enfin à redonner un peu de fierté à ce peuple qui n'a de cesse de montrer sa résilience, que l'on revienne, par exemple, avec le projet d'un investisseur de la diaspora « taksi sou dlo » pour résoudre le goulot d'étranglement mécanique de la route de Carrefour, que l'on soit imaginatif dans la résolution de nos problèmes de déchets, que l'on mettre en place le cadre macro économique sûr et stable pour le développement de nouvelles entreprises. Que nous osons enfin inventer des politiques intelligentes pour de vraies villes dans un pays normal. Nous aimerions sortir du ghetto dans lequel ces pouvoirs sans imagination et ergoteurs nous ont conduits.

En ce sens, il faut réinventer la politique en Haïti. Revaloriser l'idée de dialogue national sans magouilles et des parties de poker menteur. Oser la révolution économique et politique pacifique pour placer notre pays à la place qui lui convient dans le concert des nations. Il faut arrêter ces jeux de politiciens accrochés à de vils intérêts mesquins pendant qu'on n'arrive pas à terminer un hôpital de référence en construction depuis plus de cinq ans. Arrêtons le massacre !

À quoi cela peut-il bien servir un titre de président, de sénateur ou de député dans un environnement crasseux et délétère, sinon satisfaire un ego mal placé ? Il faudra tôt ou tard se mettre autour d'une table pour refaire ce qu'avaient fait nos ancêtres au Camp Gérard.

Roody Edmé



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