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La tragédie des migrants

La tragédie des migrants








Louis Philippe Dalembert est un frère Haïtien et un romancier qui a fait du grand chemin sa maison et le plus grand des prétextes pour raconter le monde. Le monde, trop souvent théâtre de grandes terreurs qui oblige des migrants à contourner ou à affronter des frontières parmi les plus infranchissables. Récemment, avec Avant que les ombres s’effacent restituant les dramatiques détails d’un Juif d’Allemagne fuyant le nazisme, et maintenant dans Mur Méditerranée, l’auteur offre une résonnance magistrale de la situation des migrants. Un sujet d’actualité. Une part terrifiante de l’histoire de l’humanité. Un livre magistral où Louis Philippe Dalembert « raconte de manière poignante le drame des migrants qui se noient en Méditerranée » écrit Tahar Ben Jelloum dans sa chronique au Point.

La dispersion de la diaspora haïtienne témoigne de la place qu’occupe la migration dans l’histoire du pays. Ce que raconte Dalembert et l’actualité au quotidien sur le drame de la traversée clandestine de la Méditerranée ne fait que nous rappeler que les Haïtiens ont été les premiers boat people de l’histoire contemporaine et que trop nombreux d’entre eux ont été engloutis par le Canal du vent en tentant de gagner les côtes de la Floride. Et encore aujourd’hui, la longue traversée du continent américain, du Brésil à la frontière du Mexique avec les États-Unis ; la marche armée des nationalistes chiliens contre la présence des Haïtiens, la fin programmée du TPS et les menaces de déportation de Trump ; la dénationalisation des Dominicains d’origine haïtienne ; les petites et grandes humiliations en Guyane et dans les Antilles françaises.

C’est un fastidieux travail de faire l’inventaire des campagnes racistes, des politiques de dissuasion (emprisonnement et déportations) dont ont été victimes les migrants haïtiens. Le plus lourd exemple reste l’attribution de la paternité du Sida aux Haïtiens avec la terrible formule 4H.

De victimes à bourreaux, la distance n’est pas bien longue. Au début du vingtième siècle déjà, soit en 1903, une loi haïtienne, dans la catégorie de ce qu’un pays peut produire de plus maladroit, avait établi « qu’aucun individu, dit Syrien » n’était désiré sur le territoire haïtien. Peut-être faut-il rappeler que cet « individu syrien » pouvait être Libanais, Syrien, Palestinien, mais absolument migrant et tant de fois apatride.

Cet « individu syrien » a péché en s’installant commerçant en prenant la place rentable et confortable de l’autre. Bien entendu que le Syrien peut-être un voyou fiscal, un dévastateur de la production nationale, un as de la contrebande et du marché noir, un faiseur de dirigeants corrompus. Bizarrement, le descendant du général qui a fait la guerre de l’Indépendance, l’héritier des bénéfices des toutes les occupations, les fils de l’ancien maitre sont aussi coupables de l’échec haïtien.

Derrière la haine, il ne saurait avoir de logique acceptable. Un sénateur haïtien en fonction peut acculer un autre citoyen ou un résident haïtien. Même quand ces ancêtres n’ont pas fait la guerre de l’Indépendance, après un siècle et demi d’installation dans un pays, une famille prend quand même racine. Le nationalisme non maitrisé peut-être la porte ouverte sur toutes les dérives. Certaines élites politiques dominicaines en savent un rayon.

Le temps de juger ceux qui ont dilapidé les ressources du pays et qui ont maintenu depuis deux siècles les Haïtiens dans la misère la plus abjecte est arrivé. Qu’ils soient Syriens ou Haïtiens historiques et authentiques. En fin de compte, tout ce qu’on demande à un sénateur et à la presse anti-syrienne est de collaborer.

Jean-Euphèle Milcé



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