S'identifier Contact Avis
 
25° C
  à Port-au-Prince
Radio Pacific 101.5 fm - En direct
Le Journal Dernière heure Actualité Édito Tribune Société Économie Culture Diaspora Sport rpacific101.5 FM  
× Immobilier Appartements Maisons Locaux commercial Locaux pour Bureau Terrains Véhicules Voitures Camions Tout Terrains Minibus Motos Divers Animaux Articles ménagers Ordinateurs et pièces Équipement électronique Équipement industriel Équipement lourd Diverses études Légal Bijoux et montres Smartphone et tablettes Vêtements Jeux video
L’économie du temps

L’économie du temps








De nos jours, Haïti n’est pas loin de la République de comédiens romancée, sous forme de dénonciation, en 1966 par Graham Green. Avec des dirigeants comiques et avares au timon des affaires, on assiste à des mises en scène les unes plus grossières que les autres. De la mise en accusation du président de la République au revirement spectaculaire du sénateur Joseph Lambert pour basculer dans le camp de l’opposition, la République a vécu des moments riches en spectacles. Et comme c’est souvent le cas, la République demeure le seul grand perdant dans ces représentations théâtrales concoctées par de politiciens véreux.

Après pratiquement deux semaines de tergiversations, la séance de mise en accusation initiée depuis le 7 août a finalement abouti en laissant les députés accusateurs sur leurs nerfs. Sans surprise, les députés de la majorité présidentielle ont rejeté l’acte d’accusation contre Jovenel Moïse soumis par les opposants.

La seule surprise de la séance réside dans le décompte du vote. 53 contre, 3 pour et 13 abstentions. Soixante-dix députés étaient dénombrés au moment du vote alors que 80 députés, soit 2/3 (majorité absolue), étaient nécessaires en termes de quorum pour la tenue de cette séance spéciale conformément aux prescrits constitutionnels.

À ce niveau, les légalistes, juristes et constitutionnalistes ne s’accordent tant il y a de vide légal. À défaut d’une loi d’application de l’article 186 de la Constitution traitant la procédure de la mise en accusation, toute tentative ne serait que feu de paille. Même si la mise en accusation demeure une arme puissante de marchandage politique.

À présent, personne ne peut, de manière ex cathedra, expliquer la procédure de la mise en accusation. Les députés de l’opposition comme ceux proches du pouvoir le savent bien.

Les députés de l’opposition ont tenté. Une petite victoire pour eux. Une preuve que Jovenel Moïse n’est pas en odeur de sainteté. Hormis la consommation médiatique et publique, on peut se demander quelle est l’économie d’une telle séance. Qu’est-ce que la République a tiré en termes de profit de cette séance ? Et si l’issue de la séance était connue d’avance ?

Un homme fort du bicentenaire a expliqué que le Parlement constitue une véritable confrérie. Tout se discute et décide bien avant la mise en scène devant les caméras de la presse.

En fin de mandat, c’est le temps du dernier ravitaillement. Tout se paie à cette phase. Et les présidents du Sénat et de la Chambre des députés le savent bien et doivent ménager la chèvre et le chou. Il faut servir la majorité et la minorité. Les partisans et les opposants.

Jean Gabriel Fortuné a mis récemment au grand jour ce qu’il appelle le marché de la corruption. Il a expliqué que tous les votes sont payants au Parlement. Pour, contre, abstention ; chaque vote a son prix. Il n’est plus question de conviction où les parlementaires votent avec leur âme et conscience. « On vote en fonction de ce qu’on a reçu », a avancé Jean Gabriel Fortuné qui connaît bien les rouages du Parlement pour avoir été député puis sénateur durant sa carrière politique.

Après avoir évacué le dossier de mise en accusation du président Jovenel Moïse, les députés s’apprêtent à se pencher sur la ratification de l’énoncé de politique générale du Premier ministre nommé. Fritz Michel William, pour passer le cap du Parlement, doit disposer de gros moyens financiers a avoué Gabriel Fortuné. Car, confie-t-il, après avoir négocié avec la majorité pour s’assurer du vote favorable, il faut donner du calmant à l’opposition pour ne pas boycotter la séance.

Les obstacles ne cessent de se dresser sur la route de Fritz William Michel. Si le cap de la Chambre des députés lui paraissait facile, avec le dernier revirement de Joseph Lambert l’étau semble se resserrer dans les deux chambres où l’animal politique peut jouer de son influence pour rendre la vie dure à celui qui lui a damé le pion dans la course à la Primature.

Jovenel Moïse et Fritz William Michel doivent montrer leurs capacités de fins négociateurs avec des moyens adéquats pour espérer sortir en vie de la fournaise du bicentenaire.

À ce stade, il faut apprendre à faire l’économie du temps. Le président doit cesser sa stratégie de jouer sur le temps, pour agir au moins une fois, en homme d’État. Pourquoi choisir Fritz William Michel sans avoir l’accord d’une majorité dans les deux branches du Parlement ?

Ce mois d’août, rappelons-le, ramène la fin de mandat du DG de la PNH alors que l’insécurité flambe. Ce sera aussi la fin de mandat pour les autorités monétaires du pays. Les conseils de la BRH et de la BNC sont arrivés au terme de leur mandat.

Alors qu’on gaspille du temps et de l’énergie à tergiverser sur des futilités, la République se meurt. Cessons donc de perdre notre temps !

Noclès Débréus



Articles connexes


Afficher plus [918]