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Les stratèges de l’apocalypse

Les stratèges de l’apocalypse








L’histoire d’Haïti regorge de ces leaders qui passent pour de grands manœuvriers de la politique. En dehors de son titre mérité de « libertador » de l’Amérique latine, Alexandre Pétion fut un grand opportuniste qui, en manipulant le nombre de représentants de l’Ouest au Parlement, mettait en minorité les hommes du Nord et de l’Artibonite. Il s’agissait de remettre à son rival Henri Christophe, un pouvoir étriqué et sous la coupe d’une majorité acquise à sa cause. Cette manœuvre politicienne fut à l’origine de la première grande guerre civile qui allait dévorer une nation qui, à l’aube de son indépendance, avait besoin pourtant de sa devise « l’union fait la force ».

Christophe, ayant compris la manœuvre, fit marcher ses troupes sur Port-au-Prince.
N’oublions pas les circonstances scabreuses qui entouraient l’assassinat de Dessalines et qui, d’une certaine manière, éclaboussaient nos deux généralissimes.

En 1843, un large mouvement démocratique et populaire obtint le départ pour la Jamaïque de Jean-Pierre Boyer, un parfait autocrate qui régna un quart de siècle. Très vite, la nouvelle équipe composée de jeunes loups qui prirent le pouvoir tomba dans les travers de l’ancien régime. Ils illustrèrent par leurs actes cette formule consacrée : « Konstitisyon se papye... bayonèt se fé ». Les hommes de 43 qui incarnèrent de grandes idées libérales firent en fait du « boyerisme sans Boyer ».

La politique haïtienne devint, depuis des générations une science faite de calculs à courte de vue et adossée au « terrorisme d’État ». On se souvient entre autres, des manœuvres du Président Paul Magloire pour se maintenir au pouvoir : il démissionna de la présidence pour rester chef d’État major, pour ensuite reprendre le pouvoir sur la « demande » expresse des militaires.


En 1957, le président François Duvalier a élevé les mécanismes du contrôle du pouvoir dans des sommets jamais atteints. Il a voulu combiner par une synthèse les chapitres du « Prince » de Machiavel avec certaines pratiques de Mustapha Kemal. Il prenait chez les théoriciens de la révolution bolchevique ce qui pouvait lui assurer le contrôle absolu du pouvoir. Il éleva le crime politique dans des dimensions « shakespeariennes ». L’ancien dictateur était réputé être un spécialiste de la dissimulation et du « marronnage ». D’où son écusson représentant la pintade, un animal difficilement domesticable dans le folklore haïtien.


Aujourd’hui, malgré la longue transition démocratique, la politique haïtienne n’arrive pas à se lester du poids accablant des intérêts claniques et des ambitions personnelles morbides. Le revirement du sénateur Latortue de conseiller du président Michel Martelly à chef d’une puissante commission sénatoriale est vécu avec quelques suspicions par ses adversaires politiques. Celui plus récent du sénateur Joseph Lambert qui défraie encore la chronique, est accueilli avec circonspection. L’élu du Sud-est a-t-il fait le constat que le pouvoir était impuissant face aux défis actuels ou s’agit-il d’un conflit personnel transformé, comme par enchantement, en combat pour la démocratie ? L’histoire jugera. Laissons donc les événements suivre leur cours.

Toujours est-il que la politique n’a jamais été une affaire angélique. Nulle part d’ailleurs. Il n’y a qu’à relire l’histoire des monarchies d’Europe, des « ogres » de Staline ou même du... Vatican. Le livre « François parmi les loups » de Marco Politi, édité par Philippe Rey, nous donne la pleine mesure des luttes d’influence au sein de la hiérarchie vaticane.


La différence chez nous, c’est que les pouvoirs sont frappés d’une rare impuissance. Comme l’économie est chétive et que le chômage est endémique, tout le monde a les yeux fixés sur le pouvoir. Nos dirigeants sont incapables de proposer - voire d’imposer - une alternative à la plus grande crise économique que le pays n’ait jamais connue. Et à chaque fois que l’on regarde la situation du pays, on a envie de dire : « Tout ça pour ça ? » Tout cet investissement monstre en magouilles, en trahisons, en haines, en destructions pour aboutir à « ça » - un pays en agonie - alors qu’il y a justement moyen de faire autrement. Il suffit au lieu de reproduire les erreurs du passé, de faire les bons choix au bon moment avec la bonne équipe.

ROODY EDMÉ



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